Voter pour réussir
Posté par Philippe Baron - 16 juin 2009 à 13:24Les signes extérieurs de richesse, la bonne réputation, la présentation d’un individu, son expression, sont des facteurs d’intégration – voire de promotion – sociale. Certains de ces facteurs sont accessibles à tout un chacun: l’accès au savoir, à la culture, à l’information… D’autres – et c’est là toute la perversité de la vie dans une société de consommation – ne sont accessibles que contre monnaie sonnante et trébuchante: une habitation décente, une belle voiture, des vêtements élégants… Aujourd’hui notre façon de consommer est de plus en plus liée à notre envie de nous imposer socialement, en fonction de critères établis, notamment par les marques et la publicité en général. Le dénominateur commun étant le « succès »: tout le monde doit afficher sa réussite et malheur aux perdants, même si la cause des défavorisés, des exclus, des accidentés de la vie trouve un écho auprès d’une part significative de la population, la prise en compte de leur souffrance n’est absolument pas compatible avec les nouveaux codes de la société: fascination pour les paillettes, l’argent, le luxe, la célébrité… autant de valeurs à l’opposé de la misère dans laquelle se trouve bon nombre de gens.
Pour ceux qui peuvent encore se le payer, il reste les jeux de loterie, les jeux à gratter, les jeux-concours pour pouvoir rêver. Pour d’autres l’alcool voire la drogue. Même le tabac est devenu un instrument de rêve: en tirant une bouffée de Marlboro (Fumer Tue), le fumeur ingurgite en fait un lien gazeux avec la scuderia Ferrari, dont la marque au cow-boy est le principal sponsor. A quoi bon sinon sponsoriser une écure de Formule 1? Résultat: on nepeut pas s’acheter, ni même rouler, en Ferrari, mais on peut fumer une Marlboro qui est la marque que l’on voit sur la voiture de Kimi Raikonnen ou Felipe Massa…
De même,en politique, certains ont compris que le vote était un acte gratuit, et que même s’il ne se produit que quelques minutes par élection, l’impact de ce geste se prolonge bien au-delà de l’isoloir: combien révèlent, ne serait-ce qu’à demi-mot, pour quel candidat ils ont voté? A commencer par les candidats eux-mêmes, or celui qui fait de la politique, de par son charisme, parvient toujours à réussir à faire s’identifier à lui de nombreux simples citoyens, qui vont s’empresser de diffuser la bonne parle de leur candidat autour d’eux, et ainsi contribuer à instaurer une sorte de police de la pensée, traquant tout ce qui n’irait pas dans le sens de leur candidat.
Or lorsqu’un candidat s’affirme comme celui de la réussite et du succès, au-delà de son programme il devient une référence pour tous ceux qui veulent eux aussi faire partie du même rêve. Ceci conjugué à la gratuité de l’acte, l’explication de certains succès éléctoraux est tout trouvé: les gens ne votent plus en fonction de leurs intérêts, car ils refusent leur appartenance sociale et anticipent sur une ascension sociale lorsqu’ils votent pour un candidat qui se soucie avant tout de ceux qui sont déjà passé du bon côté de la barrière sociale.
L’exemple de la France est criant: en faisant le compte des cadeaux à l’élite financière de ce pays, la personne issue d’une milieu moyen et qui aurait voté UMP n’y retrouve pas son compte. Seule chance pour elle: de voir le gouvernement oeuvrer de telle sorte que l’activité économique permette une croissance suffisante – et équitable – des revenus. Ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle, crise financière oblige. Mais plutôt que de se voir comme exclu du systeme, l’individu en quête de devenir préferera s’afficher du côté des notables et des nantis, et certains parviennent comme cela à accéder à ce statut tant désiré et deviennent à leur tour des icones grâce à leur « success stories ».
Le président sortant le sait, et dans ses discours, il prend bien garde à inclure tous ses électeurs potentiels parmi « les gens biens » et à stygmatiser de façon très floue tous ceux qui ne le seraient pas. Il ne les définit jamais: ce n’est ni une question d’origine ethnique, ni d’extraction sociale, ni de localisation géographique, mais on se comprend. Certains dérapages ( »racailles ») ou certaines prises de position aident le français moyen à visualiser un certain type d’individu. Mais est-il sur de ne jamais en faire partie? Ainsi, pour Nicolas Sarkozy, quelqu’un qui prendrait le volant apres 5 verres de vin serait un dangereux criminel. Or si l’on demandait à  quelques automobilistes pris avec un taux d’alcoolémie trop élevé pour qui ils ont voté, on retrouverait la même proportion que dans l’electorat UMP moyen. Autrement dit, le message n’est compris que lorsque cela nous arrange. Et toute l’abilieté du politicien est de faire croire à l’electorat que le « méchant », c’est « l’autre ».
L’un des mérites du Président de la République actuel est donc bien de décupalbiliser l’ensemble des français, et de leur faire oublier leur appartenance à leur classe sociale réelle, de les faire rêver avec un peu de faste et de charme. Mais l’opposition parviendra-t-elle à faire comme en 36 et sonner le rassemblement, qui passe donc par une nouvelle conscience de classe, une classe ouvrière new look, plus authentique et moins arrogante que la classe bourgeoise actuelle qui a trouvé en Nicolas Sarkozy un guide spirituel parfait, y compris au-delà de ses propres frontières d’argent et de pouvoir.
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