Une page de publicité difficile à tourner
Posté par Philippe Baron - 25 juil 2009 à 00:22Depuis le début de l’année 2009, sur proposition du Président Sarkozy, les chaînes publiques françaises ne diffusent plus de spots de publicité après 20h30. Le but étant de proposer au téléspectateur des programmes de qualité, et de ce fait, ne devant pas subir de « saucissonage » publicitaire.
Pour conséquence, le groupe France Télévisions doit puiser davantage dans les recettes de la redevance et également réduire l’activité de sa régie interne, c’est-à -dire supprimer des emplois.
Pour autant, est-ce qu’une bonne soirée devant le petit écran est forcément encore meilleure lorsqu’il n’y a aucune coupure publicitaire? Alors même qu’au spectacle dit « vivant », l’entracte est de mise, là , aucune pause pour « souffler »: détourner le regard quelques instants de la lucarne magique, ne serait-ce que pour reposer les yeux, s’aérer, débattre du programme avec les personnes présentes, et plus prosaïquement, faire un besoin naturel ou satisfaire une envie quelconque… Non. Là mieux vaut réunir autour de soi tous les accessoires necessaires au confort individuel, voire s’équiper d’une sonde urinaire pour ne pas rater une miette du grand show orchestré par notre divin service public, régenté d’une main de fer par notre bien-aimé président de la République.
Pourtant, la publicité n’est pas condamnée à être un diktat subliminal sensé nous asservir à la consommation à outrance. Cela peut être un message à caractère informatif, sous une forme humoristique ou esthétiquement agréable à regarder. D’ailleurs, aujourd’hui avec les moyens de diffusion de la télévision actuelle, couplée à l’accès Internet par exemple, il est possible d’établir un flux d’information inversé, du récepteur au diffuseur. C’est par exemple de cette façon que le fournisseur d’accès Internet SFR, le fabricant de matériel de réception Netgem et l’institut de sondages Mediametrie ont mis en place le Hitview
qui permet d’obtenir en temps réel l’audience des chaines grâce à un retour à partir des Neufbox de SFR. Il est donc possible d’imaginer que dans un futur proche, les téléspectateurs pourront voter pour leurs spots TV préférés, et ainsi permettre aux régies de surfacturer les annonceurs « ennuyeux » par rapport aux annonceurs qui proposent des publicités plus attractives.
Ce type de relation, résolument révolutionnaire, permettrait aux chaînes publiques, et plus généralement aux chaînes « de contenu » de maintenir un niveau de qualité satisfaisant, y compris pendant les écrans publicitaires. De même, les sites Internet pourraient déjà mettre en place de telles pratiques en se basant sur le taux declic enregistré sur les bannières: un bon taux de clic démontrerait un intérêt des internautes pour l’offre de l’annonceur et signifierait donc une intrusion moindre dans la navigation sur le site support. Google a déjà mis en place un tel système via sa régie d’achat de mots clés Adwords, pénalisant au passage toute annonce n’ayant pas un attrait démontré pour les internautes qui effectuent une recherche sur le terme acheté par l’annonceur. Par exemple si sur la page de résultats du mot « aspirateur » se trouve une annonce pour du café, qui sera donc logiquement moins cliquée qu’une annonce concernant effectivement des aspirateurs, l’annonceur devra payer plus cher pour figurer en bonne position sur cette page, voire être complétement éliminé des annonces commerciales figurant sur la page de résultats pour une recherche sur le mot clé « aspirateur ».
Il est par ailleurs surprenant que cette pratique est déjà en usage dans la presse magazine, notamment féminine, où les éditeurs font parfois preuve de très grande largesse aux marques prestigieuses qui proposent des pages entières voire des double pages de publicité conçues par de grands photographes, avec des modèles de renom, afin d’associer leur titre à des campagnes de prestige et ainsi attirer d’autres annonceurs visant le haut de gamme, mais avec peut-être des messages plus exlicites commercialement parlant (on passe du parfum à la crème anti-rides, etc.).
Il existe donc un réservoir de financement largement sous exploité par les médias du service public, qui sous certaines conditions pourraient créer un nouveau marché pour une publicité maîtrisée et ainsi lui redonner des lettres de noblesse qu’un président en exercice a jugé bon d’égratigner plutôt que de chercher à en comprendre les subtilités.
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