Strasbourg l’alsacienne, Strasbourg la française, Strasbourg l’européenne

Strasbourg: la ville des routes, telle pourrait être la traduction la plus judicieuse, et qui illustre parfaitement le rôle stratégique de cette ville aux mille visages, aux mille passés et aux mille devenirs…

Prenez une carte de l’Europe, visualisez les principales zones urbanisées (par exemple une photo satellite prise la nuit): un axe se dégage très nettement. Il va du nord de l’Italie (Milan, Turin…) aux Pays-Bas, en passant par la vallée du Rhône, la Suisse, et tout l’axe Rhénan jusqu’à Rotterdam. De part et d’autre, les zones urbanisées sont plus diffuses, plus espacées. Paris par exemple est une capitale isolée, au milieu d’un bassin essentiellement agricole. D’ailleurs Paris ne s’est-il pas construit autour du commerce lié à l’agriculture, les paysans ayant vendu leurs fruits et légumes ou leurs bestiaux sur les foires allant s’encanailler du côté de Pigalle, puis se rattrapaient en ramenant à leurs épouses toilettes et parfums qui firent la réputation de la Ville Lumière de par le monde… Un peu cliché me direz-vous mais le Salon de l’Agriculture n’est-il pas encore aujourd’hui la plus grande manifestation annuelle de la capitale?

Par contre Paris se situe sur une autre route qui vient croiser l’axe Rome-Londres encore une fois à Strasbourg. Ce second axe regroupe des villes plus espacées mais majeures sur le plan politique: de Lisbonne à Moscou, en passant par Madrid, Berlin, Varsovie… Alors que le premier axe est un axe historique et naturel, le second se dessine au fil du temps et de l’évolution des transports et des relations internationales. En ne cessant de grandir, il renforce la voûte européenne Sud-Ouest/Nord-Ouest.

Car en Europe, au-delà des clivages Nord/Sud et Est/Ouest, il faut davantage tenir compte des réalités historiques et culturelles qui viennent nuancer cette vision un peu simpliste. Si de tels clivages étaient réels, la construction européenne aurait-elle pu réellement s’effectuer avec des pays Nordiques et des pays Méditerannéens? Par exemple l’Italie, pays « latin » conserve au Nord des populations de tradition germanique (Tirol), tout comme les Roumains sont culturellement plus latins que slaves…

Ce qui est interessant lorsqu’on prolonge l’axe Sud-Est/Nord-Ouest, c’est qu’à chaque extrêmité, on y trouve des régions qui ont un cruel besoin d’Europe: l’Ulster au Nord-Ouest et les Balkans au Sud-Est. Renforcer cette ligne de force, et la prolonger permettrait d’englober davantage des peuples fragilisés au sein d’une communauté soucieuse de leur sécurité et de leur épanouissement.

Le souci du maintien de la paix est à l’origine de l’Europe politique, car l’expérience a démontré qu’elle n’est jamais vraiment acquise. La crise (financière, économique…) actuelle pourrait fragiliser des relations déjà parfois compliquées y compris entre pays membres de l’UE. Les tensions entre Ukraine et Russie le montrent, tout comme la crise Géorgienne de l’été 2008. Dans ce contexte, les problèmes interculturels rencontrés par nos amis Belges sont un mauvais exemple, et la position de Bruxelles au sein de l’Europe parait fragilisée. Alors que Strasbourg est toujours le symbole fort de la réconciliation franco-allemande. Une capitale qui souderait définitivement ces deux pays apparait plus que souhaitable, tant l’Europe a besoin du couple franco-allemand.

Pourtant Strasbourg est une ville française, ne nous y trompons pas, mais avec l’avantage d’être ouverte aux deux cultures française et allemande. Et pour un allemand, travailler à Strasbourg, cela peut vouloir aussi signifier vivre de l’autre côté du Rhin, à seulement une pognée de kilomètres du centre ville de la capitale alsacienne.

Pour le parisien, ou le français « de l’intérieur » comme disent les alsaciens, l’ouverture récente d’une ligne TGV permet de désenclaver cette région riche en ressources tant humaines que naturelles. Attachés à leur ville en tant que capitale européenne, les Strasbourgeois restent pour autant discrets, travailant dans l’ombre pour donner la meilleure image possible de leur ville t de leur région. Des efforts très importants sont faits à tous les niveaux en matière de respect de l’environnement, urbanisme, santé et éducation. Un civisme très germanique certes, mais une farouche volonté de ne pas être assimilé au grand voisin d’outre-Rhin. Sans haine toutefois, juste un besoin de marquer sa différence, à défaut de bénéficier d’une aussi large autonomie telle que celle dont jouissent les Catalans, les Ecossais ou les Bavarois… Mais comme en Corse, la fidelité à la République est toujours le fait de la majorité silencieuse. Et ici on ne joue pas du pain de plastic pour faire écouter ses révendications, mais plutôt par l’humour, un humour parfois imperméable pour les autres français, peut-être un fait exprès, pour garder un jardin secret et des douleurs enfouies au fond d’eux-mêmes. Mais cet humour ainsi que nombre de curiosités locales restent des sujets interessants pour l’européen qui séjourne en Alsace…

 

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