Retour Ă la nature contre exode rural
PostĂ© par Philippe Baron - 20 fĂ©v 2009 Ă 20:03Tout le monde connaĂ®t la phrase de Sully, Ministre des Finances du roi Henri IV, qui Ă©crivait dans ses MĂ©moires ‘Labourage et pâturages sont les deux mamelles de la France ». DĂ©licieusement dĂ©suète, le point de vue de Sully prend une tournure tout de suite plus actuelle lorsqu’on cite la phrase en entier: « Pâturage et labourage sont les deux mamelles dont la France est alimentĂ©e, les vraies mines et trĂ©sors du PĂ©rou ». Si aujourd’hui l’Eldorado est un fantasme mort avec les civilisation prĂ©-colombiennes, le mythe de l’or est encore toujours aussi prĂ©sent dans l’inconscient collectif, a fortiori en temps de crise et les cours du mĂ©tal prĂ©cieux actuellement font prendre la mesure de la gravitĂ© de la situation prĂ©sente.
La ruĂ©e vers l’or Ă laquelle nous assistons, conditionnĂ©e par le dĂ©ficit de crĂ©dit des autres placements, est comparable aux autres ruĂ©es vers l’or, qui font oublier aux chercheurs de fortune les bases mĂŞme de leur Ă©quilibre social et Ă©conomique. Pour les plus chanceux, la pĂ©pite tant convoitĂ©e, pour les autres la paupĂ©risation et le dĂ©sespoir.
Alors que les Etats engouffrent des milliards dans d’hypothĂ©tiques plans de relance, ne serait-il pas temps de revenir aux fondamentaux, qui plus est dans un contexte de necessitĂ© Ă©cologique, qui font des villes des enfers livrĂ©s aux affres de la pollution sous toutes ses formes: atmosphère, eau, Ă©nergie…
Pourtant, combien sont-ils aujourd’hui Ă habiter dans des citĂ©s dortoirs alors mĂŞme que leurs parents vivaient Ă la campagne, Ă©levant du bĂ©tail, faisant pousser du grain? Et pourtant la RĂ©volution Verte sensĂ©e nourrir la planète entière ne semble plus tenir ses promesses et d’un rĂ©gime de surproduction en Europe, la situation bascule peu Ă peu vers une insuffisance chronique, faisant bondir les prix des matières premières agricoles: cĂ©rĂ©ales, lait, fruits et lĂ©gumes, viandes…
Tout en prenant garde Ă ne pas dĂ©roger aux traitĂ©s sur le Commerce Mondial limitant les aides de l’Etat aux agriculteurs, ne faudrait-il pas rĂ©orienter les efforts des gouvernements europĂ©ens vers une aide massive non pas Ă l’agriculture, mais aux zones rurales, permettant de rĂ©injecter dans ces zones dĂ©laissĂ©es par les populations les plus jeunes, de la population active, des familles, des enfants, et donc un futur pour les services publics (Poste, Ă©coles…), les services de santĂ©, le petit commerce local (boulangeries, boucheries…), etc.
Les grandes villes parviennent Ă crĂ©er par exemple des zones franches, abaissant sensiblement les charges dès lors que le personnel rĂ©side dans les limites de la zone. Pourquoi limiter ces aides aux zones urbaines? Au contraire, il faudrait dĂ©courager les personnes issues de ces grands ensembles – de toutes façons vouĂ©s Ă la dĂ©molition Ă terme – et les encourager Ă s’installer dans des zones rurales, en y recrĂ©ant de l’emploi (agriculture, petite industrie, services…) grâce Ă une fiscalitĂ© attractive.
Ces immigrĂ©s que l’on est venu chercher Afrique du Nord, ces sans-papiers qui errent de petit boulot en petit boulot et au noir, ces rĂ©fugiĂ©s politiques asiatiques, afghans ou irakiens, ne sont-ils pas pour la plupart Ă la base des paysans? Des paysans qui ne demanderaient pas mieux que de travailler la terre pour un salaire dĂ©cent plutot que de faire le sale boulot des français et vivre terrĂ©s comme des rats dans les villes?
L’autre consĂ©quence, c’est aussi d’amener peu Ă peu une population exogène dans des contrĂ©es parfois difficiles, aux moeurs rudes et Ă la tolĂ©rance pas toujours très lisible. Pourtant, ce n’est pas en cantonnant les faciès diffĂ©rents dans les villes que le racisme latent et profond qui anime parfois certains de nos compatriotes tendra Ă disparaĂ®tre, mais en contraire, en allant provoquer la diffĂ©rence, en crĂ©ant du contact pour libĂ©rer l’Ă©lectricitĂ© ambiante et finalement laisser passer l’orage et crĂ©er la sociĂ©tĂ© europĂ©enne de demain.
On le voit, apporter un rééquilibrage entre villes et campagnes est non seulement une nĂ©cessitĂ© Ă©cologique, une opportunitĂ© Ă©conomique mais aussi une manière de recrĂ©er du lien social entre diffĂ©rentes composantes – parfois opposĂ©es – de la nation.
Signe des temps, Sully le super intendant des Finances qui a Ă©tĂ© l’un des argentiers les plus efficaces que la France ait connu, permettant Ă ses souverains de guerroyer partout en Europe sans se soucier de l’Ă©tat du Tresor, ce grand serviteur de l’Etat donc, se vit finalement tomber en disgâce et du se contenter de la charge de gouverneur du Poitou. Comme une certaine SĂ©golène Royal… Faut-il y voir un signe?
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