Quel futur pour l’industrie automobile?

Toute crise est perçue comme une période difficile, où les mauvaises nouvelles s’enchaînent pour finalement se concrétiser sous la forme de plans de restructurations, pour ne pas dire licenciements, qui se traduisent ensuite socialement par des ménages fragilisés, peinant à assurer aux enfants au quotidien de quoi leur assurer un avenir meilleur.

Pourtant, certains n’hésitent pas à définir les crises comme avant tout des facteurs de mutation de la société. Le voir sous un angle si optimiste peut laisser penser que ces personnes ne subissent pas les dommages collatéraux de la crise énoncés plus haut. Mais en regardant les causes, les effets et surtout les remèdes des crises passées, on ne peut que finalement se résoudre à accepter la crise comme un signe de changement, foncièrement positif, au même titre que la concurrence pour une entreprise, qui face à l’adversité se doit de se réinventer en permanence, en redéfinissant sa stratégie en fonction des contraintes nouvelles.

A l’heure des bilans, l’industrie automobile est en crise dans tous les pays occidentaux, avec des chutes de ventes de voitures neuves sans précédent. Seuls quelques constructeurs, low-cost comme Dacia ou à l’inverse très haut-de-gamme parviennent à sortir leur épingle du jeu. Coincés entre des impératifs de baisse des coûts de production et une necessité de maintenir des prix de vente attractifs, les constructeurs européens et notamment français devront faire preuve d’imagination. Aujourd’hui, et ce depuis quelques années, c’est le design qui est mis en avant pour séduire le public. Tantôt clairement novateur, tantôt ultra-conformiste, les constructeurs jouent sur l’aspect du produit, tant au niveau des lignes que du concept du véhicule: monospaces compacts, coupés 5 portes, utilitaires de loisir, micro-citadine, break sportif, la notion de « crossover » (fusion de différents types de véhicules) est ce qui porte le marché actuel, très à l’écoute des besoins des consommateurs.

Aujourd’hui face à la crise, on peut se demander si ce marketing est-il bien utile et si on ne ferait pas de tout sacrifier aux coûts de production pour finalement ne se focaliser que sur le prix de vente. Mais ne serait-ce pas là un changement de stratégie qui n’apporterait rien de nouveau puisque le low-cost est un marché deja existant et sur lequel des constructeurs sont déjà bien positionnés. L’effet « image de marque » pourrait jouer (une Renault au prix d’une Dacia…), mais combien de temps avant que la marque ne se banalise? Même si un constructeur pourrait « recycler » dans le low-cost une de ses marques aujourd’hui inutilisée (Talbot), on le voit bien, l’image de marque dans l’automobile reste un élément essentiel du patrimoine de l’entreprise, une image de marque qui s’est forgée au cours des décennies à travers des victoires dans les sports mécaniques, des campagnes de publicité, des modèles mythiques, bref, une Histoire avec un grand H et il suffit de visiter certains musées de l’automobile pour s’en convaincre.

Alors aujourd’hui comment capitaliser sur cette marque pour conquérir de nouveaux marchés? C’est la question que ne se posent pas les constructeurs qui continuent à plancher sur les véhicules du futur, chasse aux émissions de carbone oblige. Pourtant, c’est là que se situent les relais de croissance: en dématerialisant le produit et en étendant le savoir-faire des entreprises à des domaines qui leur étaient jusque là étrangers.

Par exemple, la conception d’un véhicule se fait maintenant grâce à l’outil informatique et les images de synthèse. Pourquoi ne pas utiliser ce savoir-faire pour pénétrer l’univers du jeu video, grâce à un mix des deux à travers une simulation qui s’apparenterait à un jeu de stratégie dont le but serait de concevoir sa propre voiture, à la manière de ses jeux de voitures sur console où le joueur peut modifier les pièces, la couleur, la configuration, etc.

Couplé à un autre savoir-faire, celui du financement, cela peut rendre le jeu très interessant. Imaginez un enfant, plutôt que de lui acheter des jouets dont il finit par se lasser, les parents, les grands parents souscrivent à un abonnement par prélèvement automatique permettant de verser une somme de quelques euros tous les mois sur un compte bloqué et rémunéré et qui alimente le jeu de simulation de création de véhicule via Internet. Ainsi, en grandissant l’enfant peut déjà visualiser le véhicule qu’il pourra s’acquérir une fois son permis de conduire obtenu. Troc, bonus, jeux lui permettent de maximiser son budget. L’interactivité permet de faire remonter au constructeur les besoins des consommateurs de demain, et il créé un lien de fidélisation unique.

Ainsi, un enfant qui perçoit 40 euros par mois pendant 15 ans aura à ses 18 ans près de 8000 Euros, de quoi s’acheter sa première voiture. En epargnant moins, il attendra plus longtemps, le temps de passer son permis, trouver un emploi, etc… Les familles le font pour le logement (Plan epargne Logement), pourquoi pas le véhicule? Et pourquoi pas un coup de pouce de l’état comme pour le logement? (Défiscalisation)….

Ainsi, sans investir dans des centres de production coûteux et en se servant au maximum des compétences présentes en interne, les constructreurs pourront toucher de nouveaux consommateurs: les enfants et les grands parents, ils pourront compter sur des rentrées financières regulières et prévoir très longtemps à l’avance les modèles à produire dans les usines. Enfin, plutôt que de prêter de l’argent aux consommateurs, ils pourront disposer d’une importante source de financement pour des projets futurs, et préparer plus que jamais l’automobile de demain, qui non seulement ne polluera pas, mais ne tuera plus, car il n’est pas question de mettre entre les mains de nos enfants des armes, mais bien des objets de plaisir avant tout.

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