Légiférer les consciences

La régulation devient le maître-mot en ces temps de crise économique mais le G20 qui se prépare à Londres ne sera certainement pas suffisant à mettre tout le monde d’accord sur les mesures à prendre, le calendrier, le dosage, les moyens, les ressources, les outils, la communication, etc. Le chantier est énorme: assainir le systeme financier, débarasser les paradis fiscaux de l’argent sale, et surtout réguler le marché.

Ce marché qui obéit à la seule loi de l’offre et de la demande, ce marché responsable des délocalisations, ce marché enfin qui permet aux actionnaires de tirer les dividendes de leurs apports en capital, avec pour seul mot d’ordre la maximisation des profits. Réguler le marché, c’est donc avant tout responsabiliser l’actionnariat des entreprises, en leur faisant prendre conscience que si les conditions sont réunies pour que leurs affaires prospères, c’est avant tout grâce à des Etats forts, capables d’assurer la sécurité des biens et des personnes, de mettre à la disposition de ces mêmes biens et personnes des infrastructures de transport, de formation, de santé, etc.

Jusqu’à présent, la concurrence des pays émergents était relativement limitée et même si une pression concurrentielle pouvait s’exercer, les dirigeants d’entreprises n’avaient recours aux délocalisations que dans des cas extrêmes ou lorsque le pays hôte avait déjà les qualités requises pour assurer une production fiable et comparable au pays ainsi délocalisé. Mais aujourd’hui les circuits d’expatriation de l’outil de travail et les réseaux de transport internationaux facilitent l’installation des nouveaux centres de production dans les pays à ayant une main d’oeuvre bon marché. La nouvelle conception du management dans un environnement mondialisé ordonne donc à tout décideur de ne se baser que sur des calculs financiers pour une telle opération, sans consulter sa conscience, qui lui dirait peut-être de se battre pour faire rester son usine en Europe.

Cet état de fait soulève l’indignation dans les pays occidentaux et la démocratie étant ce qu’elle est, les pouvoirs publics vont désormais se mettre à barricader le système au maximum, contraignant autant que faire se peut les entreprises à ne pas délocaliser, à ne pas licencier, à ne pas fournir des parachutes dorés, ni des bonus lorsque la société a reçu des fonds publics. c’est donc une négociation à tous les étages qui s’enclenche: entre Etats pour que les règles soient les mêmes partout, et entre partenaires sociaux pour que d’une part les salariés puissent continuer à vivre dignement de leur travail et pour que les entreprises puissent tout de même dégager des profits, faute de quoi elles devront mettre la clé sous la porte et licencier l’ensemble des employés.

Les parlements de nos démocraties vont donc s’evertuer à faire passer des lois dans ce sens. Et avec un peu de bonne foi, une connaissance du Droit, et beaucoup de sueur, ces textes seront promulgués et appliqués, et la situation deviendra normale. Mais on le sait, les personnes, physiques ou morales, qui disposent de moyens financiers importants finissent toujours par trouver des solutions alternatives, leur permettant d’échapper à la contrainte imposée par la société. On passe par des sociétés écran, des sous-filiales, des comptes numérotés à l’étranger et voilà que les heures de négociations avec les syndicats finissent par se réduire dans les faits comme une peau de chagrin.

La réaction classique à ce type de phénomène est la solidarité citoyenne, mue par le pouvoir de mobilisation des medias qui ne se priveront pas pour dénoncer les abus repérés çà et là. Associations de consomateurs ou d’usagers, syndicats, partis d’opposition prenant le relais pour lancer des appels au boycott s’en suivent. Mais combien d’affaires sont révélées dans la presse? Si peu que jamais la peur d’être démasqué n’a été un frein pour ceux qui prennent dans la caisse, exploitent la naïveté des consommateurs ou exploitent sans vergogne leur personnel. Une fois de plus, seul le profit compte.

La crise économique révèle donc une autre crise qui couvait depuis longtemps, qui est une crise morale, où les valeurs jadis défendues par les générations précédentes se délitent au profit de l’argent-roi. Une telle crise des valeurs ne devrait donc déboucher que sur une alternative entre deux issues possibles: soit une réaction violente type émeute/révolution/guerre, soit un retour au spirtuel, comme annoncé par Malraux au siècle dernier (« Le XXIe siecle sera spirituel ou ne sera pas »). Voire les deux comme c’est le cas au Moyen-Orient. En tout cas une bonne guerre a toujours eu un impact positif sur les affaires, et c’est si pratique de désigner un bouc émissaire et de lui faire payer le prix de la crise. Ce serait un remake de « L’Empire contre-attaque », qui rappelerait la stratégie de Napoléon 1er qui n’hésitait pas à emprunter aux banquiers des fonds pour financer sa Grande Armée à des taux de. ..100%, sachant qu’apres une belle victoire, le butin permettra de rembourser le généreux créancier (un certain Rothschild par exemple…). Mais à cette époque là, ce n’était pas pour l’argent, mais pour la gloire. Si l’Empereur voyait à quoi ressemble ma gloire aujourd’hui, il se retournerait dans son tombeau des Invalides.

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