L’égalitarisme en question
Posté par Philippe Baron - 3 juin 2009 à 18:14C’est en approfondissant le débat sur l’université que la question peut se poser, lorsque des critiques s’élèvent pour refuser que seuls les étudiants issus de familles fortunés ainsi que les boursiers « méritants » n’aient accès à un enseignement supérieur de qualité. François Bayrou par exemple estime que même les étudiants « moins méritants » puissent également bénéficier de l’enseignement supérieur public à un coût abordable pour les familles.
Ce débat pose en fait la question de l’avantage tiré de la fortune acquise. Si celle-ci ne sert pas à se procurer des avantages, à quoi sert-elle? Si elle ne sert pas à cela, qu’est-ce qui peut motiver le citoyen moyen à chercher à améliorer sa condition, et notamment à faire fortune?
La question se poserait moins dans un pays où le luxe n’est pas une industrie aussi stratégique qu’en France. On pourrait alors se résoudre à un égalitarisme plus ou moins poussé, grâce à un lissage des revenus par la pression fiscale et assurant une redistribution des richesses. C’est un choix, car là encore se poserait la question de la motivation à gagner plus, sachant que le « gagner plus » est ce qui constitue pour un pays le socle de sa croissance.
Or en France, de nombreux produits – et services – s’adressent à une clientèle haut-de-gamme: mode, joaillerie, horlogerie, équipement de la maison, tourisme, services à la personne… Ce sont d’ailleurs des secteurs très interessants car en plus d’une forte valeur ajoutée, ils sont difficilement délocalisables. Que ce soit la maroquinerie ou la parfumerie, le « made in France » est une condition sine qua non pour une crédibilité au niveau de l’offre de prestige.
Alors devons-nous nous résigner à ne voir que de riches étrangers consommer ces produits? Devons-nous combattre sans retenue tous ceux qui, citoyens français domiciliés en France se « payent le luxe » de ceci ou cela? Ou bien se dire « tant mieux pour eux »? Sachant que tout un chacun, par la chance, le travail ou l’héritage peut ou pourra un jour se payer aussi « le luxe ».
Trop souvent, des opinions négatives se manifestent à l’égard des « riches », mais encore faut-il faire le distingo entre le riche dont la maxime serait « le malheur des uns fait le bonheur des autres », et le riche dont la fortune s’est faite grâce à un talent, des efforts et de la réussite. Si le premier est effectivement discutable, le second l’est moins, surtout si une fiscalité harmonieuse permet de redistribuer une partie de ses revenus à la communauté. Et plus il y aura de riches, et plus il y aura de richesses à redistribuer.
La crise financière pousse certains esprits bien pensants à une forme de démagogie, au moins aussi critiquable que la démagogie qui consiste à dire que ce sont les riches qui font avancer le pays, ce qui justifierait pas exemple l’adoption d’un bouclier fiscal…
Le débat est donc bien un choix de société: une société avec des catégories socio-professionelles bien lissées, ou une société qui permet aux chanceux de profiter de leur fortune en toute quiétude. L’intérêt de cette dernière option étant davantage de donner envie à ceux qui n’en sont pas là d’y parvenir un jour plutot que de donner l’image d’un pays ultra-liberal.
Maintenant se pose la question de la façon dont l’individu fait fortune, et donc s’assurer que tous les moyens immoraux sont des impasses pour qui veut se faire de l’argent facilement. Et se pose aussi la question de la perception du travailleur, de l’employé, de la mère au foyer, notamment dans une société où l’argent fait figure de baromètre de la réussite. Ce qui est souvent le cas, mais c’est toute la différence entre égalitarisme et égalité: la dignité humaine ne saurait être amoindrie pour cause de ressources insuffisantes. Et c’est donc pour cela qu’il apparait paradoxal de vouloir à tout prix pousser aux études des étudiants « moins méritants », alors que justement la société cherche à valoriser le travail manuel ou de façon générale tous les postes à forte composante technique, par rapport aux professions dites « intellectuelles ».
Dans le débat sur l’université, la priorité est de fournir autant de places que necessaire en fonction des débouchés de la filière, puis de fixer un barême équitable donnant droit à des bourses de différents montants en fonction de la situation de la famille de l’étudiant. De cette façon une sélection par le niveau peut être effectuée: les riches paieront la totalité des droits d’inscription, les moins riches une partie, et les défavorisés quasiment rien.
Si concernant l’unversité le débat peut être ramené à un débat technique, la question du choix de société, elle, se pose toujours. Et se posera au moins jusqu’à ce que les notions de droite et de gauche existeront. Et comme cette question est un peu celle de la poule et de l’oeuf, elle se posera encore bien longtemps.
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