Une Turquie dans l’Union aurait-elle aidé la Grèce?

Aucun contentieux sérieux ne vient d’ordinaire ombrager les relations entre l’Allemagne et la Grèce. Pourtant l’Allemagne, certes le plus gros contributeur, rechigna a venir en aide à la Grèce, pourtant en grande difficulté et menaçant d’ébranler tout le système monétaire européen. Bien sûr, il s’agit d’un prêt consenti par les membres de l’Union Européenne à un taux « normal » (5%), supérieur à l’inflation mais inférieur à ce qu’une banque privée aurait accordé. Ce qui fait dire à Madame Lagarde que les pays créanciers ne perdront pas d’argent. Si toutefois la dette de la Grèce n’est pas effacée, pour lui permettre de relancer son économie moribonde. En effet, accabler la Grèce avec des intérêts reviendrait à annuler les effets du coup de pouce, et se faire de l’argent sur le dos de ses petits camarades n’est pas très moral non plus.

D’ailleurs à ce sujet, imaginons un instant que la Turquie soit membre de l’Union Européenne: quelle aurait été sa position? Sachant que l’Islam interdit les prêts d’argent avec intérêt, et que le gouvernement actuel se réclame d’un islamisme modéré, comment M. Erdogan aurait-il fait passer la pilule à l’opinion publique turque, toujours très sensible à la corde nationaliste surtout quand on en vient à la question grecque qui empoisonne la région depuis des décennies (depuis Troie?), notamment autour du problème Chypriote: accorder un prêt avec intérêt, et qui plus est au voisin que l’on aime tant détester cordialement à la moindre occasion.

Pourtant, avoir un voisin faible n’est jamais une bonne chose, car il est souvent le meilleur débouché pour ses exportations et un fournisseur de choix pour toues les matières premières et produits manufacturés dont la Turquie ne dispose pas. Et puis les Grecs seraient redevables, ce qui est toujours bon à prendre dans la rivalité qui oppose les deux peuples. De concert avec l’Allemagne, les officiels Turcs auraient certainement eu un malin plaisir à rappeler à leur débiteur les créances à rembourser, refusant toute annulation, alimentant ainsi un sentiment d’humiliation chez les Grecs.

Sans vouloir préjuger de ce qui aurait pu se passer, on peut tout de même se rassurer que dans cette « crise Grecque » la Turquie n’a pas à intervenir en tant que membre à part entière de l’Union Européenne. Cela aurait très certainement encore retardé les prises de décision alors qu’il y avait réellement urgence pour sauver l’Euro et l’Europe à 23. Mais il serait tout de même légitime de s’interroger – voire d’interroger – les dirigeants Turcs pour connaître leur position et les confronter à l’opinion publique turque, pour s’assurer qu’il peut y avoir coopération totale entre tous les membres de l’Union, sans arrière-pensée politicienne ou démagogue.

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