Grèves: le social devient politique
Posté par Philippe Baron - 22 oct 2010 à 12:53Bien sûr, une réforme des retraites à trait à l’aspect le plus social de nos vies, puisque c’est la gestion de la fin de vie. La légitimité des syndicats dans ce domaine n’est pas à remettre en cause, mais l’embrasement du mouvement tel qu’on le constate depuis ces derniers jours amène à se poser la question de l’utilité de la grève, surtout lorsqu’elle entraîne des manques à gagner conséquents pour l’économie nationale. Sans parler de l’image de la France à l’étranger, où nous sommes plus que jamais perçus comme d’irréductibles râleurs et empêcheurs de travailler en rond.
Pourtant, l’opposition de gauche a maintes fois réitéré sa promesse de revenir sur cette réforme si elle était élue aux prochaines élections présidentielles de 2012. Alors pourquoi ne pas attendre jusque là ? Combien de ces manifestants – et en particulier les lycées et étudiants – auront atteint l’âge de la retraite avant que la Gauche ne revienne au Pouvoir? Fallait-il mobiliser tant d’efforts pour paralyser la France pour bien faire comprendre aux politiques de gauche, Parti Socialiste en tête, qu’il faudra bien tenir ses promesses une fois en charge des affaires? Il est vrai qu’un tel mouvement social a l’avantage de rassembler autour d’une cause commune différents composantes de la société, étudiants et ouvriers, fonctionnaires et salariés du privé, élèves et enseignants, etc. Pour eux, ceux qui manifestent et participent aux actions, ce mois d’octobre 2010 restera ancré dans leur mémoire bien longtemps. En attendant l’épilogue de cette aventure, il est acquis que le combat contre la réforme des retraites restera dans les annales comme un tournant du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy.
Concernant l’épilogue justement, on voit mal comment le gouvernement pourra reculer. Les seules concessions encore négociables sont des engagements sur l’avenir: si la situation le permet, la loi pourra être aménagée. Et rendez-vous en 2020, pour un « point ». L’enjeu pour l’hôte de l’Elysée est simple: montrer que le passage en force est possible, et qu’au contraire d’un Villepin au moment du CPE en 2006, il ne reculera devant rien pour faire aboutir ses projets. Les siens et ceux de son frère Guillaume puisque comme l’indique le journal Politis, le Président en exercice a l’esprit de famille comme il l’avait déjà démontré en soutenant la candidature de son fils Jean à la présidence de l’EPAD.
Les conflits d’intérêts dans le dossier des retraites (je vous invite vivement à vraiment lire cet article de Politis!) mériterait de bénéficier de davantage de publicité tant il est révélateur de l’attitude du Pouvoir en place et tant il touche à un sujet qui tient les Français à cÅ“ur (trop?). Nul doute qu’un second scandale après l’affaire Bettancourt finirait d’achever la crédibilité de Nicolas Sarkozy. Dans les cortèges de manifestants, combien sont-ils à l’avoir soutenu en 2007? Beaucoup témoignent d’ailleurs de leur déception tant ils éprouvent le sentiment de s’être faits floués, du moins sur ce point. En tout cas le malaise est grand et la gauche surfera sur cette vague de mécontentement jusqu’en 2012. A moins que d’ici là une nouvelle menace (terrorisme, attaque nucléaire, guerre civile dans les banlieues…) ne vienne désigner à nouveau l’ancien maire de Neuilly, le héros de la prise d’otages de 1993 dans l’école de sa commune, comme l’homme providentiel, le De Gaulle des temps modernes…
On peut donc s’attendre à une actualité politique très chargée jusqu’à ces élections tant attendues. En attendant, le climat social s’alourdit, et on le voit, les syndicats aujourd’hui ne s’opposent plus aux patrons, mais au gouvernement, ce qui s’apparente déjà à de la politique. La limite entre syndicalisme et militantisme politique est elle en train de fondre? Car l’enjeu ici pour tous les opposants au régime en place est de tout faire maintenant pour que d’ici 2012, les électeurs n’oublient rien de cette période sombre, alors que justement le leader de la Droite sait mieux que quiconque comment retourner les opinions en sa faveur au bon moment… Y arrivera-t-il encore cette fois? A suivre…
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