Géorgie: un problème caucasien?
Posté par Philippe Baron - 2 sept 2008 à 19:43Quiconque suit les séries US, a au moins entendu parler du terme « caucasien », utilisé dans les services de police pour décrire un individu que l’on qualifiait autrefois « de race blanche ».
Aujourd’hui, la mixité est telle que le terme de blanc ne signifie plus grand chose, sauf par opposition à noir peut-être, ou encore à « latino ». L’afflux massif de populations « blanche et assimilée » à conduit les autorités américaines à trouver un terme qui ne soit ni suprémaciste ni péjoratif. Le terme « caucasien », à la fois précis et vague, s’est imposé dans ce langage politiquement correct.
A la lumière de ce qui se passe en ce moment en Géorgie, au coeur du Caucase donc, on peut comprendre le trouble jeté dans les pays occidentaux par cette crise, car finalement, elle touche l’Occident en son sein: le Caucase. Vu comme cela, le conflit paraît bien loitain à tous les pays d’Afrique, qui ont leurs propres problèmes à régler, mais aussi l’Amerique Latine et le Sud-Est Asiatique. C’est un peu une revanche, un problème de riches sur fond de prise de contrôle des axes du gaz et des autres matières premières dont l’Asie centrale regorge.
L’issue du contentieux paraît d’autant plus incertaine que tous les ingrédients sont là pour le faire durer: un relation ambigue entre la Géorgie et son colossal voisin, l’existence d’une certaine légitimité en faveur de l’agresseur (population majoritairement favorable, jurisprudence du Kosovo…), une Union Européenne sous pression sur fond de crise énergétique, un Kremlin soutenu massivement par la population et le Parlement, un allié (les USA) voulant éviter toute initiative malheureuse… Or c’est justement des initiatives qui permettront, non pas de trouver une sortie de crise car elle est là pour durer (au moins aussi longtemps que l’existence d’un gazoduc sera justifié dans cette partie du Monde), mais au moins un modus vivendi permettant à chacun de ne pas se sentir (trop) humilié.
On pense bien sûr à la Géorgie, qui a déjà concédé une défaite militaire. Mais ne dit-on pas « c’est le plus intelligent qui cède »? Dans les cours de récréation, certes, mais rentrée oblige… Pourtant la présence d’une force multinationale paraît peu probable: d’une part parce que en face, c’est la Russie et personne ne souhaite envoyer ses soldats face à une telle armée, et puis parce que le fait d’entretenir une force sous mandat de l’ONU aux portes de l’Europe est plutôt gênant pour tous ceux dans la région qui aspirent à intégrer un jour l’eldorado de l’Europe.
Pourtant, dans cet ensemble géographique où vit majoritairement une population que d’aucuns qualifient volontiers de « caucasiens », il serait définitivement temps de s’interesser à ces peuples qui nous ressemblent tant et dont nous nous sentons pourtant si éloignés. Ossètes, Ingouches, Kazakhs, Abkhazes, Georgiens, Azeris, Arméniens… Qui sont-ils vraiments ces fameux Caucasiens? Quelle est leur histoire? Quel est leur avenir, à part servir de prête-nom à un type de faciès? Car l’issue de la crise est aussi dans la compréhension mutuelle des peuples, les notres y compris.
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