Sarkozy, digne successeur de Jean-Marie Le Pen?
Posté par Philippe Baron - 7 sept 2010 à 18:49Depuis la Libération, et le Général De Gaulle, la Droite française avait réussi à se bâtir une légitimité Républicaine, enfin débarrassé de l’emprise des Ligues qui avant-guerre minaient la vie politique Française. Bien que nombre de ces « patriotes » furent de valeureux résistants pendant l’Occupation. Mais leurs idées, trop proches de l’idéologie national-socialiste, n’étaient plus d’actualité, et seul De Gaulle incarnait cette Droite capable de tenir tête aux Communistes triomphants et… aux Américains.
La vieille extrême-droite française, héritière des anti-Révolutionnaires, Maurras en tête, était agonisante. Le nationalisme à la française n’était plus qu’une coquille vide, mais qui vit l’espoir d’un renouveau durant les « évènements d’Algérie ». (Une partie de) la patrie était en danger, et les plus fanatiques n’eurent qu’à rouvrir leurs archives pour ressortir de vieilles mythologies, à l’image de « la Cagoule » pour l’OAS par exemple, pour « packager » comme on dirait maintenant, leurs actes de terrorisme et de sédition.
Le Pen fait ses armes dans ce milieu trouble à ce moment là . Il ne le quittera plus jamais. Lorsqu’on s’est acoquiné à des Tixier-Vignancourt, des Poujade, des Franz Schönhüber, et autres personnages peu fréquentables politiquement, on ne revient plus en arrière. Jacques Bompard, maire d’Orange et ex-Frontiste, peut-être. Mais pas Jean-Marie. Il faut dire qu’entre-temps, le Front s’est dégagé. Légèrement. En quête de respectabilité, les fachos purs et durs ont été canalisés. Plus de crânes rasés ou de paramilitaires, on s’affiche en tenue BCBG, type UMP mais en plus vieille France. Et surtout, le discours a changé. Les lois aussi et l’incitation à la haine raciale, mesure taillée sur mesure pour museler le leader frontiste, fait désormais office de grand tabou, même si le discours du FN n’a jamais été ouvertement raciste, mais nationaliste. Nuance.
Sous l’impulsion de Marine Le Pen, le FN aspire désormais à la gouvernance. Non plus seulement de collectivités locales, où le FN siège désormais dans de nombreux conseils municipaux, conseils généraux et autres commissions, mais au pouvoir, au vrai. Or du côté du pouvoir, celui à qui Bernadette Chirac disait « heureusement qu’on vous a », Nicolas Sarkozy, est en grande difficulté, tel un coureur cycliste sur les pentes du Tourmalet, qui sent que ses jambes le lâche, que son souffle s’épuise au fur et à mesure qu’il voit ses poursuivants se rapprocher. Y compris ceux de sa propre équipe. Pour l’instant, c’est encore « tous derrière Nicolas », mais à la veille d’élections importantes (présidentielles 2012), si les sondages ne sont pas plus favorables, qu’en sera-t-il? Lui qui a déjà quitté le navire, verra-t-il à son tour ses fidèles l’abandonner?
Avant d’en arriver là , l’hôte de l’Elysée a plus d’un tour dans son sac, et si une politique populiste et populaire est à prévoir dans les derniers mois de son quinquennat, il existe une option que peu envisagent aujourd’hui, mais qui pourrait s’avérer payante pour un homme qui cherche à s’accrocher au pouvoir à tout prix: l’alliance avec le second parti de Droite: le Front National. Mais pas le FN de Jean-Marie, ni celui de Gollnisch d’ailleurs, pas celui-des dérapages, des bavures ou des provocations, mais celui de Marine, qui vire vers le Blanc Bleu dès qu’un siège de député ou un portefeuille de ministre se profile à l’horizon. Un strapontin à la Droite de la Droite contre un trône de Président de la République, ça fait réfléchir, forcément. et certains y pensent déjà très fort en se rasant le matin, comme un Brice Hortefeux, à qui il ne manque plus que la carrure pour ressembler à son modèle borgne, ou comme un Eric Besson, qui passé du PS à l’UMP pourrait ne pas s’arrêter là . Et chercher à droite le soutien tant attendu, cela signifie également dire au revoir à l’ouverture: exit les Fadela, les Kouchner et autres transfuges que fustigeait encore hier l’aile dure de l’UMP.
Et en avant pour une Révolution Nationale qui aura entre temps changé de nom: nationalité, immigration, sécurité feront la une des médias, masquant les difficultés des français empêtrés dans le marasme économique mondial. Et là , joker: ce magnifique scenario doit s’arrêter, faute de crédibilité. Car il existe un rempart contre cela, un rempart incontournable. Le peuple? Non. N’est-ce pas le peuple qui a porté au pouvoir Adolf Hitler en 1933? Mais plutôt LES peuples. Les peuples d’Europe, unis au sein d’une Communauté, partageant de plus en plus de valeurs, y compris la valeur monétaire de base: l’Euro, que le FN souhaite plus que tout voir disparaître, tout comme l’intégration au sein de l’Union, le Traité de Maastricht et autres « abandons de souveraineté nationale ». Non, l’intégration est en bonne marche, et la construction européenne n’est remise en cause par personne au sein de l’UMP, si ce n’est des minoritaires type Dupont-Aignant.
L’Europe se construit peu à peu, et dans la tourmente de la crise économique que nous vivons actuellement, il serait impensable d’agir sans concertation avec nos partenaires allemands, italiens, espagnols, britanniques… Le Front National, quant à lui, est idéologiquement obligé de s’en tenir à un discours souverainiste. Peu compréhensible pour son électorat de base qui préfère les tirades sur les dangers de l’immigration, il reste davantage un frein à la respectabilité du parti qu’un véritable « aspirateur à voix », capable de faire la différence au niveau électoral. Bien que ce soit une « niche » intéressante en termes de marketing, mais aujourd’hui, le changement de l’euro étant passé dans les mÅ“urs, le discours anti-européen n’est pas aussi accrocheur que celui sur la sécurité, le pouvoir d’achat, les retraites…
Dans ce cas, si Marine une fois au Front décide de faire marche arrière sur le souverainisme, et de mettre un peu d’eau dans son vin, ce sera signe que le scenario décrit ci-dessus pourrait bien être validé dans les mois à venir. A suivre donc…
Maja Neskovic (Detours d’Europe, La Chaîne Parlementaire)
Posté par Philippe Baron - 14 juil 2010 à 00:52C’est peut-être parce que tout comme Maja je suis Strasbourgeois, mais lorsque je la voyais sur la plateau de Daniel Schneidermann et maintenant dans l’excellente émission Détours d’Europe sur LCP (La Chaîne Parlementaire), j’ai vraiment l’impression de la connaître, de l’avoir côtoyée, en soirée, à la Fac ou dans le bus… Peut-être parce que c’était le cas, dans mes jeunes années où, étudiant à Strasbourg, nous avons dû nous croiser plus d’une fois (la Capitale de l’Europe est un grand village en fait!). Maja, c’est un peu « the girl next door », la fille d’à côté, qu’on voit tout d’un coup apparaître sur le petit écran, ce qui donne aux émissions auxquelles elle participe un côté « télé-réalité »… pas vraiment l’effet recherché!
Parce que Maja c’est avant tout un contenu sobre (l’anti bling-bling par excellence), du factuel certes, mais en toute décontraction. Une qualité tout à fait dans l’esprit « Rhénan » qui prévaut également dans les productions de la chaîne Arte (Tracks, Metropolis…). Avec cerise sur le gâteau: une liberté de ton quasi-totale, sans provocation inutile même si parfois les clichés journalistiques ne sont jamais bien loin.
Au-delà de la forme et du fond, le véritable intérêt ici c’est qu’en tant que citoyen, contribuable, on ne se sent pas floué lorsqu’au détour d’un zapping on se retrouve à Sofia, Vilnius ou Lisbonne. Comparé à d’autres productions des chaînes du Service Public français, on en a pour son argent. On est bien loin des shows de Patrick Sébastien, des jeux TV de l’ami Nagui, des plateaux interminables de l’infatigable Michael Drucker et j’en passe. Rien de comparable bien sûr, mais une reflexion s’impose tout de même lorsqu’on étudie le retour sur investissement en termes d’apport culturel, information, communication…
Alors oui peut-être on pourrait ésperer une touche de glamour mais parfois une touche suffit à faire basculer les « real people » dans le « people » tout court. Et pour l’instant, Maja n’est pas encore une mega star du PAF, il suffit de taper son nom dans Google: peu de résulats. En tout cas, avec cet article en voilà un de plus!
Revoir les émissions en VOD: http://www.lcpan.fr/-DETOURS-D-EUROPE-2008-2009-.html
La Couleur du Football
Posté par Philippe Baron - 8 juin 2010 à 14:01A la veille de la 19ème Coupe du monde de football, les pronostics vont bon train. En France, les dernières prestations des Bleus ne sont guère encourageantes et le spectre de 2002 est dans toutes les têtes. Le sélectionneur, Raymond Domenech, est sur la sellette, même s’il feint de ne pas se sentir touché par ces critiques qui fusent de toutes parts, y compris du gouvernement, via la Secrétaire d’État aux Sports Rama Yade qui s’interrogeait sur la résidence luxueuse du camp français dans un hôtel 5 étoiles de Knysna, une charmante station balnéaire située dans un lagon entre Le Cap et Port Elizabeth.
Et les polémiques plus ou moins justifiées pleuvent, de quoi alimenter la chronique en attendant le début de la compétition. Pour tous, elle a pourtant déjà commencé. Pour les observateurs, elle a mal commencé puisque les matches de préparation de l’équipe de France ont donné une impression générale fortement mitigée. Pour le sélectionneur, il n’y a pas péril en la demeure, et il continue d’afficher son optimisme et sa confiance en ce groupe qu’il a créé. N’oublions pas que Raymond Domenech est aussi un amateur de théâtre et de poker. L’entraîneur des Bleus leur aurait-il demandé de « lever le pied »? De ne pas tout donner lors de ces matches amicaux, voire de faire de l’intox en simulant une piètre prestation? Rien n’est moins sûr, car ce type de stratégie a deux avantages: donner aux futurs adversaires un excès de confiance, et empêcher les « espions » étrangers de décortiquer le jeu de l’Equipe de France. le risque, c’est aussi de ne pas avoir suffisamment rôdé les automatismes pour qu’ils fonctionnent le moment venu.
De nombreux experts du football semblent valider cette thèse, à commencer par l’entraîneur de l’équipe de Chine, qui voit déjà la France en finale. Alors même que son équipe, 84ème au rang mondial a battu les Champions du Monde 98, sur le sol français par un score de 2 buts à 1. L’espoir, voire la foi en son équipe de coeur n’est apparemment plus une valeur défendue dans notre pays. D’ailleurs combien seront-ils, pronostiqueurs professionnels ou amateurs à y aller de leur billet sur l’EdF via les nouveaux opérateurs de paris sportifs qui sont désormais légaux en France? La cote des Bleus fond, et en même temps la pression qui s’évacue des épaules du sélectionneur et .. des joueurs. Car en prenant le maximum du ressentiment sur lui, Raymond Domenech épargne en fait ses joueurs.
Pourtant, lors de ces matchs de préparation, et tout au long de la campagne de qualification, on a pu entrevoir le jeu étincelant de ces garçons qui évoluent dans les meilleures équipes des meilleurs championnats d’Europe: Chelsea pour Malouda et Anelka, Arsenal pour Gallas et Abou Diaby, Barcelone pour Abidal, Manchester United pour Evra, le Bayern de Munich pour Franck Ribéry, sans oublier les meilleurs joueurs français de Ligue 1: Gourcuff, Gignac, Toulalan, Govou… Lorsqu’ils mettent le pied sur l’accélérateur, comme c’est arrivé quelque fois au cours de cette campagne 2009, on ressent la même émotion qu’au rugby, ce que d’aucuns appellent le ‘french flair’, où le ballon circule avec rapidité, intelligence et précision, pour finir au fond des filets. Ce beau jeu à la française, ils en sont les dépositaires, héritiers de Platini, Zidane et autres Papin et Cantona. A moins de tomber sur l’équipe qui les fera déjouer, ils devront atteindre les quarts, puis les demies finales, et enfin la finale où ils retrouveront peut-être de vieux amis: Italiens ou Allemands, Brésiliens ou Espagnols, à moins d’une affiche plus inédite (Argentine…).
Et c’est là que ça devient interessant, car face aux Italiens et aux Allemands, ce sont deux conceptions du football et de la nation qui s’affrontent sur un terrain de football. Dans l’équipe de France, la majorité des joueurs sont Noirs, alors qu’en Allemagne et en Italie par exemple, les joueurs sont européens d’origine, même si des touches de couleur sont parfois entrevues ci et là , et qui s’accompagnent souvent de commentaires acerbes au sein de l’opinion publique. Le cas Balotelli en Italie est un exemple concret: ce joueur que l’Inter de Milan ne veut pas lâcher à moins de 100 millions d’euros ne figure même pas dans la liste des 23 donnée par le sélectionneur transalpin Marcello Lippi. Introduire le loup dans la bergerie et c’est le risque de voir le divorce se consumer entre la Squadra Azzura et les tifosi!
Mais c’est le message des Bleus, de montrer que tous ensemble on est plus fort, qu’il n’y a pas à s’arrêter à des considérations raciales (racistes?) lorsque l’enjeu est si grandiose, et l’aboutissement de toute une vie, toute une carrière pour un footballeur professionnel. Et ce message, il n’y a pas de meilleur écrin que l’Afsud pour le présenter au Monde, qui en échange, offrira sa coupe aux vainqueurs. Allez les Bleus!
Une Turquie dans l’Union aurait-elle aidé la Grèce?
Posté par Philippe Baron - 3 mai 2010 à 18:22Aucun contentieux sérieux ne vient d’ordinaire ombrager les relations entre l’Allemagne et la Grèce. Pourtant l’Allemagne, certes le plus gros contributeur, rechigna a venir en aide à la Grèce, pourtant en grande difficulté et menaçant d’ébranler tout le système monétaire européen. Bien sûr, il s’agit d’un prêt consenti par les membres de l’Union Européenne à un taux « normal » (5%), supérieur à l’inflation mais inférieur à ce qu’une banque privée aurait accordé. Ce qui fait dire à Madame Lagarde que les pays créanciers ne perdront pas d’argent. Si toutefois la dette de la Grèce n’est pas effacée, pour lui permettre de relancer son économie moribonde. En effet, accabler la Grèce avec des intérêts reviendrait à annuler les effets du coup de pouce, et se faire de l’argent sur le dos de ses petits camarades n’est pas très moral non plus.
D’ailleurs à ce sujet, imaginons un instant que la Turquie soit membre de l’Union Européenne: quelle aurait été sa position? Sachant que l’Islam interdit les prêts d’argent avec intérêt, et que le gouvernement actuel se réclame d’un islamisme modéré, comment M. Erdogan aurait-il fait passer la pilule à l’opinion publique turque, toujours très sensible à la corde nationaliste surtout quand on en vient à la question grecque qui empoisonne la région depuis des décennies (depuis Troie?), notamment autour du problème Chypriote: accorder un prêt avec intérêt, et qui plus est au voisin que l’on aime tant détester cordialement à la moindre occasion.
Pourtant, avoir un voisin faible n’est jamais une bonne chose, car il est souvent le meilleur débouché pour ses exportations et un fournisseur de choix pour toues les matières premières et produits manufacturés dont la Turquie ne dispose pas. Et puis les Grecs seraient redevables, ce qui est toujours bon à prendre dans la rivalité qui oppose les deux peuples. De concert avec l’Allemagne, les officiels Turcs auraient certainement eu un malin plaisir à rappeler à leur débiteur les créances à rembourser, refusant toute annulation, alimentant ainsi un sentiment d’humiliation chez les Grecs.
Sans vouloir préjuger de ce qui aurait pu se passer, on peut tout de même se rassurer que dans cette « crise Grecque » la Turquie n’a pas à intervenir en tant que membre à part entière de l’Union Européenne. Cela aurait très certainement encore retardé les prises de décision alors qu’il y avait réellement urgence pour sauver l’Euro et l’Europe à 23. Mais il serait tout de même légitime de s’interroger – voire d’interroger – les dirigeants Turcs pour connaître leur position et les confronter à l’opinion publique turque, pour s’assurer qu’il peut y avoir coopération totale entre tous les membres de l’Union, sans arrière-pensée politicienne ou démagogue.
Regionales: la Gauche tempête, la Droite tempère
Posté par Philippe Baron - 18 mar 2010 à 19:49Le 26 février dernier, les services météo délivraient un avis de tempête sur la côte Atlantique, en nommant ce phénomène climatique Xynthia. Devait-on y voir un signe, à l’approche de ces élections régionales, tant attendues par le PS qui allait enfin pouvoir se prévaloir d’une victoire après tant de défaites? On a en effet parlé de vague rose, mais n’est-ce pas plutôt une tempête rose qui s’est abattue sur la France? En tout cas, la mécanique du vote-sanction a joué à plein, et ce n’est pas en appelant à resserer les rangs en mettant la barre à droite toute, comme le souhaitent certains UMP lassés par la politique d’ouverture du Président en exercice, que le navire UMP trouvera un port d’attache susceptible d’offrir un siège de président de région à la droite républicaine. Même pas un anneau sur le quai du Rhin à Strasbourg, où le très consensuel – et très aimé – Adrien Zeller sera regretté encore bien longtemps, que ce soit par l’UMP locale ou par ses administrés eux-même, tant il était au-dessus des partis et engagé pour une seule cause, sa région: l’Alsace. A côté d’un tel personnage, l’UMP n’a trouvé parmi la faune politique locale que Philippe Richert, enraciné certes mais en total décalage lorsqu’il essaye de se donner une envergure nationale, à l’instar d’un Yves Bur, et au contraire d’une Catherine Trautmann ou d’un Robert Grossmann qui au moins pouvait franchir la ligne bleue des Vosges sans avoir honte ni sans avoir à cacher leurs origines alsaciennes.
On dit l’Alsace de droite, mais en fait, elle est et a toujours été centriste. Quelquefois balançant à gauche ou à droite, mais profondément attachée aux valeurs humanistes et chrétiennes, à l’image d’une CDU outre-Rhin. Europe Ecologie fera ensuite le reste, offrant sur un plateau le grand chelem à Martine Aubry. Car sur la façade Est du pays aussi, on commence à s’impatienter et on observe d’un très mauvais oeil les tribulations du locataire de l’Elysée. Le gouvernement pourrait faire meilleure figure également, mais quand Mme Lagarde se met à critiquer ouvertement la rigueur allemande, leur reprochant de travailler mieux, plus vite et moins cher, ce message est mal perçu dans cette région, traditionnellement tournée vers les valeurs du travail et de l’argent durement gagné. D’ailleurs le ministre allemand de l’Économie et des Finances a rétorqué à son homologue français que c’était comme de demander au Bayern de Munich de jouer moins bien pour que l’Olympique Lyonnais puisse remporter des titres. Typiquement allemand comme humour (c’est-à -dire pas drôle) mais tellement vrai (réaliste pour continuer avec les analogies sportives).
C’est ce réalisme qui fait tant défaut en France et si Europe Ecologie se distingue depuis les dernières élections européennes, c’est aussi parce que la formation verte a trouvé en Daniel Cohn-Bendit un esprit formé au réalisme allemand tout en étant rompu aux subtilités de la communication à la française. Reste à essayer de déterminer quelles conséquences auront les résultats finaux de ces élections: soit effectivement la droite se « recentre » sur ses valeurs, soit on tente l’ouverture encore davantage. A l’image d’un Dominique Bussereau qui voit d’un bon Å“il l’émergence d’un parti ‘écologiste et centriste’ dont la nouvelle démissionnaire du MoDem Corinne Lepage pourrait bien prendre les rênes, elle qui fut Ministre sous Jacques Chirac, tout comme notre ami Dominique Bussereau… On suivra donc avec attention la nouvelle aventure de la présidente de Cap21 à travers son nouveau concept de Terre Democrate. Et on suivra avec attention également le bouillonnant François Bayrou, à savoir lequel d’entre lui, son frère ennemi du Nouveau Centre rallié à Nicolas Sarkozy, l’actuel ministre de la Défense Arnaud Morin et donc la dernière venue dans le jeu « à la recherche de l’arc centriste », ce mythique eldorado ou serait sensé se reconnaître tout un peuple épris de démocratie et des valeurs fondamentales de notre bien-aimée République.
La gauche quant à elle lorsqu’elle aura fini de ronger l’os de la victoire aux régionales tournera ses yeux hagards du chien errant (encore un mythe) affamé vers 2012, les primaires, les duels fratricides, la campagne débridée et le grand soir ou Nicolas Sarkozy – à moins d’une énorme surprise – sera réélu une seconde fois. Apres Mitterand et Chirac, jamais deux sans trois.
Le spectacle que donne la politique française n’est pas très joli à regarder et pas étonnant que ce soit le fort taux d’abstention qui soit encore une fois l’élément remarquable. Vivement que la politique se fasse à l’échelle européenne, ainsi les luttes intestines en France comme dans d’autres pays d’Europe finiront pas s’éteindre d’elles-mêmes au profit d’un débat plus constructif, et très probablement… plus réaliste!
Les années 10 (2010)
Posté par Philippe Baron - 26 nov 2009 à 17:54Chaque décennie du 20eme siècle a dans l’inconscient collectif une résonnance particulière: années 90, 80, 70, 60, 50, 40, 30, 20… mais curieusement les années 10 (1910-119) n’évoquent pas grand chose. On retient plus volontiers la période 1914-1918 qui pour le coup aura marqué les esprits de générations entières, et au final ce sont ces 4 années qui auront occulté toute la seconde décennie du siècle dernier. Et pour cause : 9 millions de morts (dont 14 en France, le pays le plus touché), 8 millions d’invalides… (source: Wikipédia).
Alors à l’aube de cette seconde décennie du 21eme siècle, souhaitons nous d’abord de ne pas connaître un tel conflit, et interrogeons nous sur les scénarios possibles pour les dix années à venir. La décennie actuelle (2000-2009) se caractérise par 2 tendances de fond qui résultent des caprices de son économie: d’une part un creusement des inégalités de plus en plus marqué, et d’autre part une ( »la ») crise financière.
Des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres, un constat qui se fait chaque jour plus criant alors que les grandes multinationales engrangent des profits record et que des populations entières sont victimes des conflits armés, des épidémies, du dérèglement climatique, de pénuries en tous genres. Face à cette situation, des voix s’élèvent, et l’intérêt de la démocratie est de permettre aux peuples consultés par suffrage universel de s’exprimer. Ainsi, la première puissance mondiale, les Etats-Unis d’Amérique, a voté majoritairement pour un président démocrate, soucieux de s’attaquer aux problèmes des moins favorisés que ses prédecesseurs avaient plutôt négligé jusque là . De plus, un président Noir, tout un symbole.
De l’autre côté de l’Atlantique, sur le Vieux continent et plus particulèrement en france, le Chef de l’Etat Nicolas Sarkozy ainsi que sa garde rapprochée (ministres, parlementaires et autres people considérés comme des proches du président actuel) defraye régulièrement la chronique à coups de polémiques sur le train de vie et les méthodes discutables pour placer aux postes clés les personnes réputées fidèles au pouvoir en place. L’actualité regorge d’exemples, et l’Histoire de précédents. On pense immédiatement à l’Ancien Régime, avec une aristocratie et son cortège de privilèges alors que la colère gronde dans le pays, et en même temps un vent de liberté en provenance des Amériques… Un climat propice, sinon à une Révolution, au moins à un changement sociétal profond, une relecture de la démocratie et de nouvelles règles pour une meilleure gouvernance.
De plus, l’autre fait majeur de ces dernières années, la crise financière, est en passe d’être résolue, ou au moins atténuée pour revenir à des taux de croissance similaires à ceux enregistrés avant 2008. On peut s’attendre à vivre une décennie prospère à défaut d’être égalitaire. Là aussi, on retrouve à travers les années passées des exemples de remises en cause de la société dans des moments où la situation économique s’améliore. Ce fut le cas en Mai 1968 par exemple où le déclencheur ne fut pas une paupérisation des masses, mais bien une aspiration au changement couplée à un rejet du conservatisme ambiant.
Alors que les esprits sont abreuvés de message appelant à une prise de conscience des problèmes planétaires (développement, environnement, énergie, eau, matières premières, démocratie, paux dans le monde…), toutes les conditions semblent réunies pour un passage à l’acte décisif au cours des prochaines années. Les mobiles ne manquent pas, mais les forces vives des pays développés sont-ils prêts à s’engager physiquement et intellectuellement dans un combat qui peut les mener très loin. « Twitter » et créer des groupes sur Facebook suffit-il à renverser une idéologie dominante depuis des années et des années? Pourtant l’Internet permet la circulation en quasi temps réel des informations comme par exemple les émeutes en Iran qui firent trembler le régime du président Ahmadinejad. Mais pour cela il faut encore vouloir descendre dans la rue, car comme le disait un homme politique français « la rue appartient à celui qui y descend ».
Une page de publicité difficile à tourner
Posté par Philippe Baron - 25 juil 2009 à 00:22Depuis le début de l’année 2009, sur proposition du Président Sarkozy, les chaînes publiques françaises ne diffusent plus de spots de publicité après 20h30. Le but étant de proposer au téléspectateur des programmes de qualité, et de ce fait, ne devant pas subir de « saucissonage » publicitaire.
Pour conséquence, le groupe France Télévisions doit puiser davantage dans les recettes de la redevance et également réduire l’activité de sa régie interne, c’est-à -dire supprimer des emplois.
Pour autant, est-ce qu’une bonne soirée devant le petit écran est forcément encore meilleure lorsqu’il n’y a aucune coupure publicitaire? Alors même qu’au spectacle dit « vivant », l’entracte est de mise, là , aucune pause pour « souffler »: détourner le regard quelques instants de la lucarne magique, ne serait-ce que pour reposer les yeux, s’aérer, débattre du programme avec les personnes présentes, et plus prosaïquement, faire un besoin naturel ou satisfaire une envie quelconque… Non. Là mieux vaut réunir autour de soi tous les accessoires necessaires au confort individuel, voire s’équiper d’une sonde urinaire pour ne pas rater une miette du grand show orchestré par notre divin service public, régenté d’une main de fer par notre bien-aimé président de la République.
Pourtant, la publicité n’est pas condamnée à être un diktat subliminal sensé nous asservir à la consommation à outrance. Cela peut être un message à caractère informatif, sous une forme humoristique ou esthétiquement agréable à regarder. D’ailleurs, aujourd’hui avec les moyens de diffusion de la télévision actuelle, couplée à l’accès Internet par exemple, il est possible d’établir un flux d’information inversé, du récepteur au diffuseur. C’est par exemple de cette façon que le fournisseur d’accès Internet SFR, le fabricant de matériel de réception Netgem et l’institut de sondages Mediametrie ont mis en place le Hitview
qui permet d’obtenir en temps réel l’audience des chaines grâce à un retour à partir des Neufbox de SFR. Il est donc possible d’imaginer que dans un futur proche, les téléspectateurs pourront voter pour leurs spots TV préférés, et ainsi permettre aux régies de surfacturer les annonceurs « ennuyeux » par rapport aux annonceurs qui proposent des publicités plus attractives.
Ce type de relation, résolument révolutionnaire, permettrait aux chaînes publiques, et plus généralement aux chaînes « de contenu » de maintenir un niveau de qualité satisfaisant, y compris pendant les écrans publicitaires. De même, les sites Internet pourraient déjà mettre en place de telles pratiques en se basant sur le taux declic enregistré sur les bannières: un bon taux de clic démontrerait un intérêt des internautes pour l’offre de l’annonceur et signifierait donc une intrusion moindre dans la navigation sur le site support. Google a déjà mis en place un tel système via sa régie d’achat de mots clés Adwords, pénalisant au passage toute annonce n’ayant pas un attrait démontré pour les internautes qui effectuent une recherche sur le terme acheté par l’annonceur. Par exemple si sur la page de résultats du mot « aspirateur » se trouve une annonce pour du café, qui sera donc logiquement moins cliquée qu’une annonce concernant effectivement des aspirateurs, l’annonceur devra payer plus cher pour figurer en bonne position sur cette page, voire être complétement éliminé des annonces commerciales figurant sur la page de résultats pour une recherche sur le mot clé « aspirateur ».
Il est par ailleurs surprenant que cette pratique est déjà en usage dans la presse magazine, notamment féminine, où les éditeurs font parfois preuve de très grande largesse aux marques prestigieuses qui proposent des pages entières voire des double pages de publicité conçues par de grands photographes, avec des modèles de renom, afin d’associer leur titre à des campagnes de prestige et ainsi attirer d’autres annonceurs visant le haut de gamme, mais avec peut-être des messages plus exlicites commercialement parlant (on passe du parfum à la crème anti-rides, etc.).
Il existe donc un réservoir de financement largement sous exploité par les médias du service public, qui sous certaines conditions pourraient créer un nouveau marché pour une publicité maîtrisée et ainsi lui redonner des lettres de noblesse qu’un président en exercice a jugé bon d’égratigner plutôt que de chercher à en comprendre les subtilités.
Face à la crise: fuir, subir ou réagir
Posté par Philippe Baron - 17 juil 2009 à 19:02Des déficits qui se creusent, des réformes qui marquent le pas, et une situation qui s’enlise. Voilà le bilan après un an de crise financière qui se mue peu à peu en dépression généralisée, touchant peu à peu tous les compartiments de l’économie mondiale.
Les différents plans de relance n’y feront rien, les résultats des grandes entreprises mondiales seront dans le rouge, ou, au mieux, afficheront des taux de croissance bien inférieurs aux années précédentes. Face à ce marasme, les politiques mettent en place des aides sous diverses formes: primes à la casse et autres subventions, mais dont les effets commencent à s’estomper et qui coûtent cher. Surtout, ces aides ne font que prolonger l’illusion que les modèles économiques proposés jusque là sont encore viables, alors qu’à la lumière de la crise, de nombreux businesses apparaissent dépassés.
L’urgence porterait donc à innover, et innover encore. Seule l’introduction de nouvelles technologies permettront de surmonter ce cap difficile, en faisant diminuer les coûts et en attirant les consommateurs toujours à la recherche de produits ou de services encore plus performants.
A-t-on vu depuis un an des innovations révolutionnaires prendre le pas de façon définitive? Il n’en est rien pour l’instant. Par exemple dans l’automobile, les modèles hybrides sont encore perçus comme des prototypes et les quelques incitations des pouvoirs publics ne suffisent pas à inverser la donne.
Le risque, outre dans le cas des véhicules hybrides un surcroît de pollution, c’est de voir des chiffres de vente et une concurrence faussée par l’intervention de l’Etat. Et pendant ce temps-là des concurrents étrangers s’activent, saisissent les opportunités et s’imposent sur le marché, comme par exemple Apple avec son iPhone qui détrône aujourd’hui les ex-poids lourds du secteur, les Nokia et autres Sony Ericsson.
Face à la frilosité des industriels, les dirigeants des grands pays cèdent et continuent à soutenir à bouts de bras les fleurons des industries nationales. En suivant l’exemple Américain, puisque les USA continuent à s’endetter sachant qu’au moment de payer leurs dettes, le Tresor américain pourra toujours dévaluer sa monnaie et ne rembourser qu’avec une monnaie affaiblie, qui aura entraîné dans son sillage toutes les monnaies mondiales, y compris l’Euro.
Le risque sera de voir les monnaies de pays émergents s’enfoncer encore davantage, pour permettre à leurs entreprises exportatrices de continuer à inonder le marché mondial de leurs produits à bas coûts. Mécaniquement, ce phénomène se traduira par un appauvrissement des masses laborieuses, facilitant ainsi les tensions sociales qui commencent à apparaître dans des pays comme la Chine, où la question du conflit ethnique n’est qu’un paravent qui masque des problèmes sociétaux plus profonds.
La crise a donc ceci de tragique, c’est qu’elle retarde le développement de l’humanité dans son ensemble. Tout le monde est pénalisé et en premier lieu les générations futures à qui nous lèguerons une planète confrontée encore et toujours aux mêmes problèmes.
Alors qu’il y a 40 l’homme marchait sur la lune, traversait l’Atlantique à la vitesse du son, rêvait de voyages intersidéraux pour l’an 2000 et de paix et de prospérité dans le monde, nous en sommes réduits à nous battre pour sauver la planète de l’étouffement pour cause de réchauffement climatique, de pénurie alimentaire, de conflits inter ethniques, et de tant de maux qui hypothèquent encore davantage les chances pour notre monde de s’en sortir.
Il est donc temps de ne plus fuir, de ne plus subir mais de rassembler nos dernières forces pour mettre en place les solutions qui s’imposent après une réflexion à la fois technique et objective, dans un climat dépassionné mais résolument concentré. Et alors peut-être, pourrons nous à nouveau regarder vers les étoiles, non pour trouver un astre capable d’accueillir les rescapés d’une planète Terre dévastée par ses propres habitants, mais pour assouvir notre curiosité intellectuelle et notre soif de connaissance.
L’espoir vient une fois de plus de l’autre côté de l’Atlantique ou le président Obama semble avoir la méthode idoine. Pour preuve, la nouvelle stratégie de l’OTAN en Afghanistan: secure, hold, build (sécuriser, tenir et bâtir). Cela implique la fin des bombardements aériens qui causaient de nombreux dégâts collatéraux, mais davantage de soldats physiquement engagés sur le terrain, avec des chances de pertes plus élevées. Mais ce réalisme devrait s’avérer payant, et la stratégie pour juguler la crise devrait être du même ordre, ce slogan pouvant parfaitement s’adapter aux enjeux économiques et financiers actuels…
L’Homme qui Murmurait à l’Oreille des Syndicats
Posté par Philippe Baron - 23 juin 2009 à 11:27Le discours de politique intérieure du Président Sarkozy le 22 juin devant le Congrès à Versailles a été une fois de plus l’occasion pour le Chef de l’Etat de viser sans les nommer les conservateurs, les frileux, les partisans de l’immobilisme. Bien naïf celui qui pense que dans la dialectique présidentielle celui qui est désigné comme « conservateur » a un quelconque rapport avec la droite conservatrice, dont le héraut hier lors du débat qui suivit le discours fut le très lénifiant Henri de Raincourt, chef de file des sénateurs UMP qui fut on ne peut plus clair sur son engagement aux côtés du Président de la République.
Non, dans la bouche de Nicolas Sarkozy, les conservateurs, ce sont plutôt ceux qui s’appellent enux-mêmes les « forces de progrès », joli terme englobant à la fois PS et PC, écologistes et syndicalistes. Pour le Président, le progrès, c’est – en gros – le liberalisme, pour les autres, au contraire, c’est davantage de protection pour les salariés. Et on retombe dans le clivage sempiternel entre le social et l’économique. D’un côté des entreprises qui ont besoin de puissance pour investir et croître, de l’autre côté la masse des travailleurs qui voit les profits s’accumuler et leur situation se déteriorer.
Dans ce contexte parfois très tendu, surtout lorsqu’il y a en jeu des emplois, via des plans sociaux et des délocalisations, l’homme politique habile qu’est Nicolas Sarkozy, suivant sans doute la voie de son prédecesseur à l’Elysée Jacques Chirac, a adopté la seule stratégie permettant de maintenir la cohésion dans le pays: souffler le chaud et le froid. En effet, lorsqu’en face il y a menace, notamment de grève et de grogne sociale chronique, le passage en force n’est évidemment pas recommandé, l’Histoire récente fourmille d’exemples à ne pas suivre. Cette ligne de conduite apparaît encore pus claire lorsqu’on observe l’attitude du Chef de l’Etat face à un problème où la menace en face est beaucoup moins dangereuse: caïds des cités, femmes voilées façon burqa, chauffards, nationalistes corses… Bien retranché derrière sa garde rapprochée, le Président ne risque physiquement pas grand chose en fustigeant de tels ennemis. Par contre, s’en prendre à la masse, que ce soit des ouvriers, des fonctionnaires ou des étudiants, cela peut avoir des conséquences sur sa future réelection, qu’il prépare déjà en pesant ses mots et en faisant -encore une fois – appel aux autres formations politiques pour « l’aider » dans sa tâche de redressement de la France. Elle a bon dos la crise diront certains, et dans son discours, Nicolas Sarkozy lui-même en fait un argument: interpreter ce seisme financier comme un signal fort afin de commencer aujourd’hui les réformes qui permettront à la croissance de repartir plus vite et plus fort.
Mais dans ce combat, la politique du chef de l’Etat sera-t-elle suffisante? En effet, avec en point de mire une élection présidentielle, Nicolas Sarkozy aura-t-il l’audace de lancer des réformes parfois impopulaires (retraites, temps de travail…) mais nécessaires? Ses détracteurs – y compris dans son propre camp – ne manqueront pas de lui faire cette critique. Mais grâce à cela, il pourra peut-être prouver sa bonne foi au « peuple de gauche » ( »regardez, ils me critiquent pace que je défends les droits des travailleurs! »), et ainsi sauver sa tête à la présidentielle de 2012…
Lettre à un ami antipathique
Posté par Philippe Baron - 8 juin 2009 à 12:34Cher François Bayrou,
 Je te considère mon ami car nous partageons de nombreuses idées. Et je pensais que sur la forme, tu étais un modèle du genre (agrégé de lettres) et ton dernier bouquin en est la preuve, aussi bien au niveau de l’écriture que du contenu. Par contre tu viens de faire la démonstration que les méthodes douteuses, les coups de poker, et surtout les attaques personnelles, ça ne marchait pas en politique (surtout quand c’est mal maîtrisé).
Moi non plus je ne me reconnais pas dans le personnage de Dany. En Mai 68, je n’étais pas né mais ma nature est ainsi faite que pour moi, être rebelle, c’est aussi pouvoir être rebelle à la rebellion. Sans pour autant tenter de briser un mouvement en marche – car c’était le sens de l’Histoire, et moi je ne suis pas convaincu que Mai 68 ait été un errement dans l’évolution de la société française. Au contraire, c’est une soupape de sécurité qui s’est ouverte à se moment là , et je ne blâmerais oersonne pour s’être engouffré dans la brèche. Des révolutionnaires, il en faut et je pensais que tu en étais un au fond, à tel point qu’en lisant ton livre Abus de Pouvoir (Plon), il me venait le chant « Ah ça ira, ça ira » et je trouvais la réponse à la question d’un spectacle de Robert Hossein donné il y a quelques années , où le metteur en scène demandait au public si oui ou non il aurait fallu décapiter Marie-Antoinette. Au chapitre IV d’Abus de Pouvoir, je me voyais porter la tête de Carla au bout d’une pique sans aucun scrupule ni remord.
Ce que j’apprécie chez toi, c’est ton évolution: un beau produit de l’éducation à la française, républicain et chrétien à la fois, modéré, juste, intègre et je pensais que tout naturellement le qualificatif de « tolérant » viendrais s’adjoindre automatiquement à la liste des qualités. Mais ce débat qui tourne court avec le leader d’Europe Ecologie démontre qu’il te manque encore quelque chose pour être l’homme providentiel que les Français honnêtes, informés et équilibrés attendent.
Au moment où j’écris ces lignes, j’ignore quelle ligne de conduite tu comptes adopter. Continuer à jouer les trouble fêtes sachant qu’en faisant basculer le MODEM d’un côté ou de l’autre tu peux faire ou défaire une majorité (à la présidentielle par exemple), même si ton score faiblard a méchamment hyothéqué tes chances et réduit ta marge de manoeuvre. Ou si tu comtpes faire quelque chose pour assumer ta faute et prouver à l’opinion que tu n’es pas comme cela, et laver ta faute pour réapparaître grandi plutôt qu’affaibli après cette mésaventure.
Pour cela, si je peux te donner un conseil, c’est d’aller (re)voir ton ami Alain Juppé qui lui aussi du assumer longtemps une faute (dissolution de l’Assemblée) et qui a du effectuer sa traversée du désert (version Grand Nord Canadien) pour revenir en pleine forme, sympa et presque jovial, et surtout avec un discours ecolo hyper tendance car il n’y a pas que ta sortie sur les soi-disants penchants de Cohn-Bendit qui a favorisé le score d’Europe Ecologie, il y a aussi une urgence, palpable dans toute l’Europe, pour véritablement passer des paroles aux actes. C’est ce qu’on te demandait, et pas de prononcer ces mots très durs à l’égard de celui qui est ton jumeau vert sur l’échiquier politique français.
Alors maintenant prends des vacances, éclate toi, redécouvre les choses simples de la vie, ouvre toi à d’autres cultures, d’autres formes de pensée, sors de ta campagne (dans tous les sens du terme!), parce que dans les 12% d’électeurs potentiels d’apresles sondages pré-électoraux, il y en a quelques uns – dont moi – qui ne sont pas tout à fait ce qu’on pourrait d’appeler des culs-bénis: chrétiens, juifs ou musulmans: oui, croyants: certainement, pratiquants: beaucoup moins. A ce sujet, les 26-27-28 juin il y a le festival Solidays à Paris, tu devrais aller y faire un tour histoire de kiffer la vibe et oublier la boulette. Et si t’es gentil Diam’s écrira une chanson sur/pour toi.
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