Grèves: le social devient politique

Bien sĂ»r, une rĂ©forme des retraites Ă  trait Ă  l’aspect le plus social de nos vies, puisque c’est la gestion de la fin de vie. La lĂ©gitimitĂ© des syndicats dans ce domaine n’est pas Ă  remettre en cause, mais l’embrasement du mouvement tel qu’on le constate depuis ces derniers jours amène Ă  se poser la question de l’utilitĂ© de la grève, surtout lorsqu’elle entraĂ®ne des manques Ă  gagner consĂ©quents pour l’Ă©conomie nationale. Sans parler de l’image de la France Ă  l’Ă©tranger, oĂą nous sommes plus que jamais perçus comme d’irrĂ©ductibles râleurs et empĂŞcheurs de travailler en rond.

Pourtant, l’opposition de gauche a maintes fois rĂ©itĂ©rĂ© sa promesse de revenir sur cette rĂ©forme si elle Ă©tait Ă©lue aux prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles de 2012. Alors pourquoi ne pas attendre jusque lĂ ? Combien de ces manifestants – et en particulier les lycĂ©es et Ă©tudiants – auront atteint l’âge de la retraite avant que la Gauche ne revienne au Pouvoir? Fallait-il mobiliser tant d’efforts pour paralyser la France pour bien faire comprendre aux politiques de gauche, Parti Socialiste en tĂŞte, qu’il faudra bien tenir ses promesses une fois en charge des affaires? Il est vrai qu’un tel mouvement social a l’avantage de rassembler autour d’une cause commune diffĂ©rents composantes de la sociĂ©tĂ©, Ă©tudiants et ouvriers, fonctionnaires et salariĂ©s du privĂ©, Ă©lèves et enseignants, etc. Pour eux, ceux qui manifestent et participent aux actions, ce mois d’octobre 2010 restera ancrĂ© dans leur mĂ©moire bien longtemps. En attendant l’Ă©pilogue de cette aventure, il est acquis que le combat contre la rĂ©forme des retraites restera dans les annales comme un tournant du mandat prĂ©sidentiel de Nicolas Sarkozy.

Concernant l’Ă©pilogue justement, on voit mal comment le gouvernement pourra reculer. Les seules concessions encore nĂ©gociables sont des engagements sur l’avenir: si la situation le permet, la loi pourra ĂŞtre amĂ©nagĂ©e. Et rendez-vous en 2020, pour un « point ». L’enjeu pour l’hĂ´te de l’ElysĂ©e est simple: montrer que le passage en force est possible, et qu’au contraire d’un Villepin au moment du CPE en 2006, il ne reculera devant rien pour faire aboutir ses projets. Les siens et ceux de son frère Guillaume puisque comme l’indique le journal Politis, le PrĂ©sident en exercice a l’esprit de famille comme il l’avait dĂ©jĂ  dĂ©montrĂ© en soutenant la candidature de son fils Jean Ă  la prĂ©sidence de l’EPAD.

Les conflits d’intĂ©rĂŞts dans le dossier des retraites (je vous invite vivement Ă  vraiment lire cet article de Politis!) mĂ©riterait de bĂ©nĂ©ficier de davantage de publicitĂ© tant il est rĂ©vĂ©lateur de l’attitude du Pouvoir en place et tant il touche Ă  un sujet qui tient les Français Ă  cĹ“ur (trop?). Nul doute qu’un second scandale après l’affaire Bettancourt finirait d’achever la crĂ©dibilitĂ© de Nicolas Sarkozy. Dans les cortèges de manifestants, combien sont-ils Ă  l’avoir soutenu en 2007? Beaucoup tĂ©moignent d’ailleurs de leur dĂ©ception tant ils Ă©prouvent le sentiment de s’ĂŞtre faits flouĂ©s, du moins sur ce point. En tout cas le malaise est grand et la gauche surfera sur cette vague de mĂ©contentement jusqu’en 2012. A moins que d’ici lĂ  une nouvelle menace (terrorisme, attaque nuclĂ©aire, guerre civile dans les banlieues…) ne vienne dĂ©signer Ă  nouveau l’ancien maire de Neuilly, le hĂ©ros de la prise d’otages de 1993 dans l’Ă©cole de sa commune, comme l’homme providentiel, le De Gaulle des temps modernes…

On peut donc s’attendre Ă  une actualitĂ© politique très chargĂ©e jusqu’Ă  ces Ă©lections tant attendues. En attendant, le climat social s’alourdit, et on le voit, les syndicats aujourd’hui ne s’opposent plus aux patrons, mais au gouvernement, ce qui s’apparente dĂ©jĂ  Ă  de la politique. La limite entre syndicalisme et militantisme politique est elle en train de fondre? Car l’enjeu ici pour tous les opposants au rĂ©gime en place est de tout faire maintenant pour que d’ici 2012, les Ă©lecteurs n’oublient rien de cette pĂ©riode sombre, alors que justement le leader de la Droite sait mieux que quiconque comment retourner les opinions en sa faveur au bon moment… Y arrivera-t-il encore cette fois? A suivre…

« REJECTED »: Le Conseil de l’Europe en faveur des Roms

Le Conseil de l’Europe, Ă  ne pas confondre avec le Parlement EuropĂ©en (Le Conseil regroupe tous les pays europĂ©ens alors que le Parlement uniquement les reprĂ©sentants des 27 pays de l’Union EuropĂ©enne), ou CoE (pour « Council of Europe« ), est un organisme international visant Ă  l’harmonisation des relations entre les diffĂ©rents pays se partageant l’espace du continent europĂ©en, de l’Irlande Ă  la Russie, du Portugal Ă  la Moldavie, en passant par la Turquie, le Vatican, Chypre… En tout 47 pays. Seule la BiĂ©lorussie, pourtant gĂ©ographiquement en Europe ne fait pas partie de cet organisme créé en 1949.

Le problème des minoritĂ©s touchant surtout les pays de l’Est, les derniers Ă  ĂŞtre entrĂ©s, ou en passe de rentrer dans l’Union EuropĂ©enne, il est normal que le Conseil soit Ă  l’avant-garde du combat pour l’intĂ©gration des Roms. La vision transnationale du Conseil permet Ă©galement de mieux cerner le problème d’un peuple par dĂ©finition nomade, puisqu’on en trouve aussi ben dans les pays d’origine (Roumanie, Bulgarie, Turquie…) que dans les pays plus Ă  l’Ouest, notamment France et Italie.

Le clip ‘Rejected’ rĂ©sume bien la situation. RĂ©alisĂ© Ă  partir de clichĂ©s du photographe du Conseil, Sandro Weltin, il montre Ă  la fois la dispersion gĂ©ographique ainsi que les conditions d’extrĂŞme pauvretĂ© dans lesquelles tentent de survivre les Roms de l’Est Ă  l’Ouest. Exclus dans leurs pays d’origine, rejetĂ©s des pays d’accueil, ils n’ont plus d’issue, ils se retrouvent sans rĂ©el domicile fixe. Ce montage doit nous interpeller sur leur situation pour leur permettre de trouver une solution Ă  leur errance continuelle. Un toit, un travail, et surtout une dignitĂ© dont ils sont privĂ©s, y compris par certains gouvernements qui pour des raisons Ă©lectoralistes n’hĂ©sitent Ă  les prendre pour cible tels des boucs Ă©missaires pour tous les maux de notre sociĂ©tĂ©: insĂ©curitĂ©, dĂ©linquance, immigration, etc.

REJECTED from Sandro Weltin on Vimeo.

Le Parti Communiste Français, alliĂ© objectif de l’UMP?

Dans le post prĂ©cĂ©dent intitulĂ© Sarkozy digne successeur de Jean-Marie Le Pen, j’avais Ă©voquĂ© la possibilitĂ© pour l’actuel Chef de l’Etat de briser le tabou de la droite dĂ©complexĂ©e et s’Ă©manciper dĂ©finitivement grâce Ă  une ouverture… Ă  droite!

Une fois Marine Le Pen en lieu et place de son papa, le champ des possibles est ouvert et c’est une Ă©ventualitĂ© qui fait de plus en plus parler d’elle dans la sphère mĂ©diatique. Mais avec un score Ă  80% contre Le Pen au second tour de la prĂ©sidentielle en 2002, on peut tout de mĂŞme craindre que les sympathisants de Nicolas Sarkozy n’adhèrent pas Ă  ce revirement idĂ©ologique, qui est Ă  l’encontre de la tradition de la Droite rĂ©publicaine française incarnĂ©e par Jacques Chirac, justement au moment de l’entre-deux tours de 2002.

Au cas oĂą ce scenario serait mis Ă  mal par les instituts de sondage, une alternative s’offre Ă  l’hĂ´te de l’ElysĂ©e pour remporter un second mandat Ă  la tĂŞte de l’Etat. On voit depuis plusieurs jours une certaine agitation gagner les composantes du Front de Gauche, qui, comme toutes les formations politiques, cherche Ă  se mettre en ordre de bataille en dĂ©signant au plus vite un candidat pour les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2012. Exit Marie-Georges Buffet, qui passe la main, on aurait pu s’attendre Ă  l’Ă©mergence d’un Jean-Luc MĂ©lanchon omni-prĂ©sent sur tous les fronts (manifs, plateaux tv, etc…) mais ne bĂ©nĂ©ficiant pas d’une lĂ©gitimitĂ© Ă  toute preuve, lui le transfuge du Parti Socialiste, alors qu’au PCF, on attend plutĂ´t quelqu’un du sĂ©rail, un authentique militant qui se serait hissĂ© tout en haut de l’appareil politique du Parti.

Ce candidat idĂ©al serait pour l’instant le dĂ©putĂ© de la 5ème circonscription du Puy-de-DĂ´me, M. AndrĂ© Chassaigne, qui affiche un discours très rĂ©novateur, tout en restant dans la lignĂ©e de ses prĂ©dĂ©cesseurs et notamment de Madame Buffet. Ni un rĂ©volutionnaire ni un idĂ©ologue, M. Chassaigne se veut simplement le porte-parole des travailleurs en lutte pour leurs acquis sociaux, pour plus de justice sociale dans ce pays, ce qui au passage est loin d’ĂŞtre une mauvaise idĂ©e compte tenu du contexte actuel dans lequel nous ont plongĂ© la crise… et la Droite!

M. Chassaigne qui est plutĂ´t un vĂ©tĂ©ran de la politique et un habituĂ© du Palais Bourbon (Ă©lu une première fois en 2002 puis réélu en 2007) n’en est pas moins un inconnu pour la grande majoritĂ© des Français. L’Ă©mission de Laurent Ruquier « On n’est pas couchĂ©s » de ce samedi 2 octobre a jetĂ© la lumière sur celui dont le nom pourrait figurer sur les bulletins de vote du Front de Gauche en 2012. LĂ  il s’est heurtĂ© Ă  un Eric Zemmour farouchement opposĂ© Ă  toute forme de dialogue avec ce qu’il considère un tenant du stalinisme, un anachronisme, une rĂ©gression, bref, M. Chassaigne s’est vu opposĂ© les mĂŞmes arguments qu’il y a trente ans alors que l’Europe de l’Est Ă©tait encore sous la domination de l’empire SoviĂ©tique et que le Mur de Berlin Ă©tait encore au cĹ“ur de la Guerre Froide entre l’Est et l’Ouest. Combien de temps l’argumentaire anti-communiste de la Droite sera-t-il alimentĂ© par ces clichĂ©s dĂ©passĂ©s, alors que les Communistes actuels ont depuis bien longtemps fait leur mise Ă  jour idĂ©ologique, rejetant toute forme de totalitarisme, qu’il soit d’inspiration marxiste ou non. Va-t-on encore longtemps accabler des leaders politiques (et syndicalistes) français pour la dĂ©portation de millions de gens dans les goulags de SibĂ©rie? Et nos Communistes de rĂ©torquer que sous l’Occupation ils ont payĂ© un cher tribut Ă  la RĂ©sistance contre les Nazis.

Et c’est lĂ  que notre PrĂ©sident bien-aimĂ© peut entrer en scène, fort de son influence sur la Droite française, pour rĂ©habiliter le PCF afin de diviser le PS un peu plus, comme Ă  son Ă©poque François Mitterand avait laissĂ© le Front National avoir pignon sur rue dans mes mĂ©dias pour semer le trouble Ă  droite… On se souviendra de la lettre de Guy MĂ´quet lu par Nicolas Sarkozy Ă  Châteaubriant. On sait le PrĂ©sident enclin Ă  l’ouverture, et sous l’influence de la bella Carla Bruni, dĂ©jĂ  très prĂ©sente au sujet des ex-terroristes des Brigades Rouges condamnĂ©s par contumace en Italie, il n’en faudrait pas plus pour qu’il fasse son choix entre FN et PC dans sa stratĂ©gie du « diviser pour mieux rĂ©gner ». Un indice: si Nicolas Sarkozy s’acoquine avec le Front National, cela ouvrira un boulevard Ă  Droite pour un autre prĂ©tendant, fidèle Ă  la tradition droitière: Dominique de Villepin. Si ce dernier fait Ă©galement preuve d’ouverture, on pourrait voir une confrontation au second tour Sarkozy/Villepin qui ne serait pas piquĂ©e des hannetons!

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