La Couleur du Football
Posté par Philippe Baron - 8 juin 2010 à 14:01A la veille de la 19ème Coupe du monde de football, les pronostics vont bon train. En France, les dernières prestations des Bleus ne sont guère encourageantes et le spectre de 2002 est dans toutes les têtes. Le sélectionneur, Raymond Domenech, est sur la sellette, même s’il feint de ne pas se sentir touché par ces critiques qui fusent de toutes parts, y compris du gouvernement, via la Secrétaire d’État aux Sports Rama Yade qui s’interrogeait sur la résidence luxueuse du camp français dans un hôtel 5 étoiles de Knysna, une charmante station balnéaire située dans un lagon entre Le Cap et Port Elizabeth.
Et les polémiques plus ou moins justifiées pleuvent, de quoi alimenter la chronique en attendant le début de la compétition. Pour tous, elle a pourtant déjà commencé. Pour les observateurs, elle a mal commencé puisque les matches de préparation de l’équipe de France ont donné une impression générale fortement mitigée. Pour le sélectionneur, il n’y a pas péril en la demeure, et il continue d’afficher son optimisme et sa confiance en ce groupe qu’il a créé. N’oublions pas que Raymond Domenech est aussi un amateur de théâtre et de poker. L’entraîneur des Bleus leur aurait-il demandé de « lever le pied »? De ne pas tout donner lors de ces matches amicaux, voire de faire de l’intox en simulant une piètre prestation? Rien n’est moins sûr, car ce type de stratégie a deux avantages: donner aux futurs adversaires un excès de confiance, et empêcher les « espions » étrangers de décortiquer le jeu de l’Equipe de France. le risque, c’est aussi de ne pas avoir suffisamment rôdé les automatismes pour qu’ils fonctionnent le moment venu.
De nombreux experts du football semblent valider cette thèse, à commencer par l’entraîneur de l’équipe de Chine, qui voit déjà la France en finale. Alors même que son équipe, 84ème au rang mondial a battu les Champions du Monde 98, sur le sol français par un score de 2 buts à 1. L’espoir, voire la foi en son équipe de coeur n’est apparemment plus une valeur défendue dans notre pays. D’ailleurs combien seront-ils, pronostiqueurs professionnels ou amateurs à y aller de leur billet sur l’EdF via les nouveaux opérateurs de paris sportifs qui sont désormais légaux en France? La cote des Bleus fond, et en même temps la pression qui s’évacue des épaules du sélectionneur et .. des joueurs. Car en prenant le maximum du ressentiment sur lui, Raymond Domenech épargne en fait ses joueurs.
Pourtant, lors de ces matchs de préparation, et tout au long de la campagne de qualification, on a pu entrevoir le jeu étincelant de ces garçons qui évoluent dans les meilleures équipes des meilleurs championnats d’Europe: Chelsea pour Malouda et Anelka, Arsenal pour Gallas et Abou Diaby, Barcelone pour Abidal, Manchester United pour Evra, le Bayern de Munich pour Franck Ribéry, sans oublier les meilleurs joueurs français de Ligue 1: Gourcuff, Gignac, Toulalan, Govou… Lorsqu’ils mettent le pied sur l’accélérateur, comme c’est arrivé quelque fois au cours de cette campagne 2009, on ressent la même émotion qu’au rugby, ce que d’aucuns appellent le ‘french flair’, où le ballon circule avec rapidité, intelligence et précision, pour finir au fond des filets. Ce beau jeu à la française, ils en sont les dépositaires, héritiers de Platini, Zidane et autres Papin et Cantona. A moins de tomber sur l’équipe qui les fera déjouer, ils devront atteindre les quarts, puis les demies finales, et enfin la finale où ils retrouveront peut-être de vieux amis: Italiens ou Allemands, Brésiliens ou Espagnols, à moins d’une affiche plus inédite (Argentine…).
Et c’est là que ça devient interessant, car face aux Italiens et aux Allemands, ce sont deux conceptions du football et de la nation qui s’affrontent sur un terrain de football. Dans l’équipe de France, la majorité des joueurs sont Noirs, alors qu’en Allemagne et en Italie par exemple, les joueurs sont européens d’origine, même si des touches de couleur sont parfois entrevues ci et là , et qui s’accompagnent souvent de commentaires acerbes au sein de l’opinion publique. Le cas Balotelli en Italie est un exemple concret: ce joueur que l’Inter de Milan ne veut pas lâcher à moins de 100 millions d’euros ne figure même pas dans la liste des 23 donnée par le sélectionneur transalpin Marcello Lippi. Introduire le loup dans la bergerie et c’est le risque de voir le divorce se consumer entre la Squadra Azzura et les tifosi!
Mais c’est le message des Bleus, de montrer que tous ensemble on est plus fort, qu’il n’y a pas à s’arrêter à des considérations raciales (racistes?) lorsque l’enjeu est si grandiose, et l’aboutissement de toute une vie, toute une carrière pour un footballeur professionnel. Et ce message, il n’y a pas de meilleur écrin que l’Afsud pour le présenter au Monde, qui en échange, offrira sa coupe aux vainqueurs. Allez les Bleus!
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