Regionales: la Gauche tempête, la Droite tempère
Posté par Philippe Baron - 18 mar 2010 à 19:49Le 26 février dernier, les services météo délivraient un avis de tempête sur la côte Atlantique, en nommant ce phénomène climatique Xynthia. Devait-on y voir un signe, à l’approche de ces élections régionales, tant attendues par le PS qui allait enfin pouvoir se prévaloir d’une victoire après tant de défaites? On a en effet parlé de vague rose, mais n’est-ce pas plutôt une tempête rose qui s’est abattue sur la France? En tout cas, la mécanique du vote-sanction a joué à plein, et ce n’est pas en appelant à resserer les rangs en mettant la barre à droite toute, comme le souhaitent certains UMP lassés par la politique d’ouverture du Président en exercice, que le navire UMP trouvera un port d’attache susceptible d’offrir un siège de président de région à la droite républicaine. Même pas un anneau sur le quai du Rhin à Strasbourg, où le très consensuel – et très aimé – Adrien Zeller sera regretté encore bien longtemps, que ce soit par l’UMP locale ou par ses administrés eux-même, tant il était au-dessus des partis et engagé pour une seule cause, sa région: l’Alsace. A côté d’un tel personnage, l’UMP n’a trouvé parmi la faune politique locale que Philippe Richert, enraciné certes mais en total décalage lorsqu’il essaye de se donner une envergure nationale, à l’instar d’un Yves Bur, et au contraire d’une Catherine Trautmann ou d’un Robert Grossmann qui au moins pouvait franchir la ligne bleue des Vosges sans avoir honte ni sans avoir à cacher leurs origines alsaciennes.
On dit l’Alsace de droite, mais en fait, elle est et a toujours été centriste. Quelquefois balançant à gauche ou à droite, mais profondément attachée aux valeurs humanistes et chrétiennes, à l’image d’une CDU outre-Rhin. Europe Ecologie fera ensuite le reste, offrant sur un plateau le grand chelem à Martine Aubry. Car sur la façade Est du pays aussi, on commence à s’impatienter et on observe d’un très mauvais oeil les tribulations du locataire de l’Elysée. Le gouvernement pourrait faire meilleure figure également, mais quand Mme Lagarde se met à critiquer ouvertement la rigueur allemande, leur reprochant de travailler mieux, plus vite et moins cher, ce message est mal perçu dans cette région, traditionnellement tournée vers les valeurs du travail et de l’argent durement gagné. D’ailleurs le ministre allemand de l’Économie et des Finances a rétorqué à son homologue français que c’était comme de demander au Bayern de Munich de jouer moins bien pour que l’Olympique Lyonnais puisse remporter des titres. Typiquement allemand comme humour (c’est-à -dire pas drôle) mais tellement vrai (réaliste pour continuer avec les analogies sportives).
C’est ce réalisme qui fait tant défaut en France et si Europe Ecologie se distingue depuis les dernières élections européennes, c’est aussi parce que la formation verte a trouvé en Daniel Cohn-Bendit un esprit formé au réalisme allemand tout en étant rompu aux subtilités de la communication à la française. Reste à essayer de déterminer quelles conséquences auront les résultats finaux de ces élections: soit effectivement la droite se « recentre » sur ses valeurs, soit on tente l’ouverture encore davantage. A l’image d’un Dominique Bussereau qui voit d’un bon Å“il l’émergence d’un parti ‘écologiste et centriste’ dont la nouvelle démissionnaire du MoDem Corinne Lepage pourrait bien prendre les rênes, elle qui fut Ministre sous Jacques Chirac, tout comme notre ami Dominique Bussereau… On suivra donc avec attention la nouvelle aventure de la présidente de Cap21 à travers son nouveau concept de Terre Democrate. Et on suivra avec attention également le bouillonnant François Bayrou, à savoir lequel d’entre lui, son frère ennemi du Nouveau Centre rallié à Nicolas Sarkozy, l’actuel ministre de la Défense Arnaud Morin et donc la dernière venue dans le jeu « à la recherche de l’arc centriste », ce mythique eldorado ou serait sensé se reconnaître tout un peuple épris de démocratie et des valeurs fondamentales de notre bien-aimée République.
La gauche quant à elle lorsqu’elle aura fini de ronger l’os de la victoire aux régionales tournera ses yeux hagards du chien errant (encore un mythe) affamé vers 2012, les primaires, les duels fratricides, la campagne débridée et le grand soir ou Nicolas Sarkozy – à moins d’une énorme surprise – sera réélu une seconde fois. Apres Mitterand et Chirac, jamais deux sans trois.
Le spectacle que donne la politique française n’est pas très joli à regarder et pas étonnant que ce soit le fort taux d’abstention qui soit encore une fois l’élément remarquable. Vivement que la politique se fasse à l’échelle européenne, ainsi les luttes intestines en France comme dans d’autres pays d’Europe finiront pas s’éteindre d’elles-mêmes au profit d’un débat plus constructif, et très probablement… plus réaliste!
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