Légiférer les consciences
Posté par Philippe Baron - 31 mar 2009 à 15:02La régulation devient le maître-mot en ces temps de crise économique mais le G20 qui se prépare à Londres ne sera certainement pas suffisant à mettre tout le monde d’accord sur les mesures à prendre, le calendrier, le dosage, les moyens, les ressources, les outils, la communication, etc. Le chantier est énorme: assainir le systeme financier, débarasser les paradis fiscaux de l’argent sale, et surtout réguler le marché.
Ce marché qui obéit à la seule loi de l’offre et de la demande, ce marché responsable des délocalisations, ce marché enfin qui permet aux actionnaires de tirer les dividendes de leurs apports en capital, avec pour seul mot d’ordre la maximisation des profits. Réguler le marché, c’est donc avant tout responsabiliser l’actionnariat des entreprises, en leur faisant prendre conscience que si les conditions sont réunies pour que leurs affaires prospères, c’est avant tout grâce à des Etats forts, capables d’assurer la sécurité des biens et des personnes, de mettre à la disposition de ces mêmes biens et personnes des infrastructures de transport, de formation, de santé, etc.
Jusqu’à présent, la concurrence des pays émergents était relativement limitée et même si une pression concurrentielle pouvait s’exercer, les dirigeants d’entreprises n’avaient recours aux délocalisations que dans des cas extrêmes ou lorsque le pays hôte avait déjà les qualités requises pour assurer une production fiable et comparable au pays ainsi délocalisé. Mais aujourd’hui les circuits d’expatriation de l’outil de travail et les réseaux de transport internationaux facilitent l’installation des nouveaux centres de production dans les pays à ayant une main d’oeuvre bon marché. La nouvelle conception du management dans un environnement mondialisé ordonne donc à tout décideur de ne se baser que sur des calculs financiers pour une telle opération, sans consulter sa conscience, qui lui dirait peut-être de se battre pour faire rester son usine en Europe.
Cet état de fait soulève l’indignation dans les pays occidentaux et la démocratie étant ce qu’elle est, les pouvoirs publics vont désormais se mettre à barricader le système au maximum, contraignant autant que faire se peut les entreprises à ne pas délocaliser, à ne pas licencier, à ne pas fournir des parachutes dorés, ni des bonus lorsque la société a reçu des fonds publics. c’est donc une négociation à tous les étages qui s’enclenche: entre Etats pour que les règles soient les mêmes partout, et entre partenaires sociaux pour que d’une part les salariés puissent continuer à vivre dignement de leur travail et pour que les entreprises puissent tout de même dégager des profits, faute de quoi elles devront mettre la clé sous la porte et licencier l’ensemble des employés.
Les parlements de nos démocraties vont donc s’evertuer à faire passer des lois dans ce sens. Et avec un peu de bonne foi, une connaissance du Droit, et beaucoup de sueur, ces textes seront promulgués et appliqués, et la situation deviendra normale. Mais on le sait, les personnes, physiques ou morales, qui disposent de moyens financiers importants finissent toujours par trouver des solutions alternatives, leur permettant d’échapper à la contrainte imposée par la société. On passe par des sociétés écran, des sous-filiales, des comptes numérotés à l’étranger et voilà que les heures de négociations avec les syndicats finissent par se réduire dans les faits comme une peau de chagrin.
La réaction classique à ce type de phénomène est la solidarité citoyenne, mue par le pouvoir de mobilisation des medias qui ne se priveront pas pour dénoncer les abus repérés çà et là . Associations de consomateurs ou d’usagers, syndicats, partis d’opposition prenant le relais pour lancer des appels au boycott s’en suivent. Mais combien d’affaires sont révélées dans la presse? Si peu que jamais la peur d’être démasqué n’a été un frein pour ceux qui prennent dans la caisse, exploitent la naïveté des consommateurs ou exploitent sans vergogne leur personnel. Une fois de plus, seul le profit compte.
La crise économique révèle donc une autre crise qui couvait depuis longtemps, qui est une crise morale, où les valeurs jadis défendues par les générations précédentes se délitent au profit de l’argent-roi. Une telle crise des valeurs ne devrait donc déboucher que sur une alternative entre deux issues possibles: soit une réaction violente type émeute/révolution/guerre, soit un retour au spirtuel, comme annoncé par Malraux au siècle dernier ( »Le XXIe siecle sera spirituel ou ne sera pas »). Voire les deux comme c’est le cas au Moyen-Orient. En tout cas une bonne guerre a toujours eu un impact positif sur les affaires, et c’est si pratique de désigner un bouc émissaire et de lui faire payer le prix de la crise. Ce serait un remake de « L’Empire contre-attaque », qui rappelerait la stratégie de Napoléon 1er qui n’hésitait pas à emprunter aux banquiers des fonds pour financer sa Grande Armée à des taux de. ..100%, sachant qu’apres une belle victoire, le butin permettra de rembourser le généreux créancier (un certain Rothschild par exemple…). Mais à cette époque là , ce n’était pas pour l’argent, mais pour la gloire. Si l’Empereur voyait à quoi ressemble ma gloire aujourd’hui, il se retournerait dans son tombeau des Invalides.
Patrons: tremblez, la gauche est de retour!
Posté par Philippe Baron - 17 mar 2009 à 14:46Et si le bourgeois en venait lui aussi à la contestation? Ne serait-ce pas là le prélude à la Révolution bis? 1789 n’a-t-il pas été l’aboutissement d’une accumulation d’abus de la part d’un pouvoir toujours plus égoïste de ses privilèges? Aujourd’hui, on dirait « bling-bling »: bling-bling les vacances au Mexique, bling-bling les bijoux, les robes, les montres, les lunettes, mais surtout bling-bling les mondanités, où l’on voit une Ministre de l’Economie en fonction s’extasier sur le Rallye Aïcha des Gazelles, où des ex-miss font le coup de volant dans le désert pour finir en robe de soirée chez le Roi du Maroc. Tout cela à l’heure où la crise frappe au plus fort au coeur du moral des ménages, à l’heure où les rejets de paiement sur les cartes de crédit sont au plus haut, où l’endettement se creuse et qu’aucune solution concrète ne permette de sortir durablement de la situation actuelle.
Dans ce contexte, que faut-il attendre, si ce n’est une exaspération de ceux qui avaient jusque là porté N. Sarkozy 1er au pouvoir? Un retournement de situation qui pourrait bien profiter à la gauche: une aubaine pour le Parti Socialiste qui trouve là matière à renflouer son fonds de commerce légèrement grignoté par la « gauche de la gauche », y compris certains transfuges comme Jean-Luc Mélanchon qui va tester aux élections européennes son tout nouveau costume d’épouvantail entre un Besancenot qui y croit plus que jamais, et qui joue le rebond en se débarassant de sa coquille trotskyste, laissant cela aux camarades de Lutte Ouvrière qui gère aussi la fin de carrière de la militante candidate Arlette Laguiller et entre un PS qui avait bien besoin de ça pour se remettre des guéguerres Ségolène/Martine et autres Lolo, Bertrand, Jack, etc.
D’ici 2012 cependant, tout devrait être prêt: un candidat pour la gauche parlementaire, au milieu de tout l’éventail compris entre les purs et durs de l’idéologie marxiste, les alter-mondialistes du NPA, les communistes canal historique (PCF), les socialistes souverainistes, les socialistes loyalistes, les radicaux de gauche, et peut-être jusqu’au Modem, dont la couleur orange pourrait prendre un coup de rouge au passage si les accointances possibles entre François Bayrou et Ségolène Royal se concrétisent.
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Ce sera aux Français de juger de quel intensité devra être l’electro-choc qui devra remettre le pays sur les rails: une dose façon chaise électrique pour Nicolas Sarkozy et la droite française? Avec un gouvernement « à Gauche toute » et un Besancenot Ministre aux côtés de 3 Communistes et un Fabius de retour aux affaires, flanqué d’un Emmanueli premier ministre? Et en route vers les déficits publics mais peu importe ce seront les riches qui paieront (et à part pour une seule personne sur cette planète, il y a toujours plus riche que soi). Ou un petit coup de jus avec un couple inédit Ségolène/François? Avec pour mot d’ordre « la réforme oui, la chienlit, non ». Tiens, tiens, ça sent le réchauffé ça, non? Et peut-on envisager le coup de tonnerre? Nicolas Sarkozy réélu? Pour cela il en faudrait plus que des couvertures de magazine et des Carla chez Jean-Pierre Foucault. Il faudrait en effet un opium bien plus puissant que des images, des mots ou des promesses. Un bilan par exemple, ou mieux: un projet. Mais un projet réaliste cette-fois. Les électeurs s’y laisseront-ils prendre à nouveau? Sont-ils encore comme en Mai 1968 ou1981, revanchards et prêts à secouer le riche pour en faire tomber les pièces de ses poches? La différence, c’est qu’aujourd’hui la notion de prolétariat dans ce pays est en voie de disparition, les Français appartiennent tous plus ou moins à la classe moyenne, ils sont aussi mieux informés, plus évolués qu’il y a vingt ou trente ans. Ils n’ont pas voulu du Front National qui voualit rejeter sur les immigrés la responsabilité de la situation. Ils n’ont pas voulu croire aux sirènes de la gauche qui promettait des lendemains qui chantent à coups de « y a qu’à » « faut qu’on » mais qui n’a pas su s’organiser au sein même de son propre camp.
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Aujourd’hui, les Français aspirent à vivre en harmonie avec le monde qui les entoure, pas seulement d’un point de vue écologique, mais aussi humain, politique: à savoir devenir des citoyens responsables, dans une société où les inégalités s’estompent au fur et à mesure que l’éducation des nouvelles générations se fait, une société où l’Etat assume son rôle de régulateur et de garant des libertés individuelles, enfin une société ou à défaut de transparence complète et globale, la justice, qu’elle soit civile, pénale ou sociale s’exerce de plein droit, avec une égalité de principe qui se vérifie à tous les niveaux, bref une civilisation moderne et réfléchie, qui tire vers le haut le reste du Monde.
L’ordre juste résonne aujourd’hui comme non plus un slogan partisan mais une necessité criante, mais est-ce que le fait d’avoir inventé le concept garantit que la personne -Ségolène Royal – qui l’a inventé soit la plus à -même de gouverner la France pour échapper à l’adversité de la conjoncture actuelle? Parce que si nous entendons aujourd’hui, des cours de récréation aux diverses manifestations de salariés préoccupés par leur situation, en passant par les cages d’escaliers des immeubles des cités de banlieue, des noms d’oiseaux à l’encontre du Chef de l’Etat, que cela sera-t-il si c’est une femme qui se retrouve à la tête de l’Etat? De biens vilaines paroles, qui feront autant de mal à lire ou à entendre que la vulgarité d’un « Nicolas fait l’amour à sa maman ».
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