Euro: la c(e)rise sur le gâteau

La finalité de la création d’une monnaie unique en Europe n’a pas d’autre but que de renverser l’hégemonnie du dollar. Peu d’hommes politiques ou d’analystes économiques le soulignent, et pourtant, quelle autre raison aurait poussé tous les pays de l’Euroland à abandonner leur droit de battre monnaie? Faciliter les flux d’argent au sein de la Communauté? Créer un symbole de l’unité politique de l’Union? Le débat lors de l’adoption par réferendum du Traité de Maastricht portait sur tout, sauf sur l’essentiel: donner au monde un nouvel étalon, plus sûr, plus constant afin de remplacer le dollar américain dans les achanges entre pays: factures énergétiques, emprunts, réserves de change… Et par la même faire vaciller le mode de vie américain, basé sur le crédit quasi-illimité, puisque la dette US est exprimée en dollars US, et que donc pour faire baisser la dette, il suffit de faire baisser la monnaie qui sert de référence.

Et c’est pourquoi les 3 fameux critères de Maastricht (Croissance, endettement et inflation) étaient si importants et si stricts, et pourquoi la Banque Centrale Européenne a mis tant de temps à baisser ses taux, alors même que les Etats, la France et son remuant Président Nicolas Sarkozy en tête, commençaient à s’impatienter devant l’inflexibilité des grands argentiers Européens.

Pourtant, la BCE a fini par craqué. Les Etats avaient ouverts la voie en enfonçant les critères de stabilité avec une croissance en berne et un déficit au-delà des limites tolérées. Et voilà que l’Euro suit à nouveau le dollar, au gré des annonces de la FED, des données macro-économiques et du prix du baril de brut léger.

Est-ce pour autant que le plan imaginé en 1987 par les signataires du pacte pour la monnaie unique est définitivement abandonné? Etant donné les circonstances, on peut se dire que ce n’est que partie remise. Mais au moment où le pouvoir d’achat est menacé, la tentation du crédit facile est grande, surtout quand on est un Etat et que sa signature est solide.

Faut-il dans ce cas s’endetter davantage, quitte à créer un cercle vicieux en se laissant contaminer par la voie du réhaussement de crédit? Hier on pensait les banques solides, aujourd’hui tout est remis en question. Seuls les Etats semblent épargnés, mais pour combien de temps, surtout s’ils suivent leurs banques et que celles-ci accumulent les mauvais résultats? Pis, les bourdes et autres abus de confiance.

Même s’il fallait réagir en lâchant du lest, remonter la pente implique nécessairement une épuration du système. un travail de titan puisqu’il s’agit là d’empêcher toute fuite de capital vers une ressource « pourrie »: niches fiscales, paradis fiscal, produits financiers hasardeux etc. Avec l’informatique et Internet, l’argent circule vite, et contrôler l’ensemble des flux est une gageure. Mais c’est pourtant ce à quoi nous devons tendre, afin de repartir sur des bons rails. Mais peut-être que d’ici là notre adversaire désigné aura lui aussi fait le ménage et converti une nation vivant à crédit qu’il fallait d’abord s’assurer de pouvoir rembourser un emprunt avant de le contracter. Cela, l’issue des urnes le 4 novembre prochain permettra d’y apporter des éléments de réponse.

A suivre dans un prochain post, évidemment consacré au Président Obama (on peut déjà s’habituer à l’appeler ainsi, ça fera gagner du temps).

La Suisse, Etat criminogène?

Alors qu’un appel universel et solennel résonne aux quatre coins du monde en faveur d’une moralisation de la finance, il va de soi qu’un contrôle accru des Etats sur les échanges monétaires internationaux ne peut se faire que si les Etats qui garantissent sur leur territoire le secret bancaire face volte-face.

Le secret bancaire n’est pas le seul fait de la Suisse, le Luxembourg ou l’Autriche par exemple l’utilisent également pour attirer des dépositaires fortunés souhaitant rester discrets… Pourtant, c’est bien la Suisse qui se fait regulièrement pointer du doigt: or des Nazis, blanchîment des mafias, Al Qaeda, etc…

Essayer de comprendre pourquoi la Suisse est LE paradis fiscal par excellence est relativement complexe, car le secret bancaire n’estpas le seul argument. En voici quelques autres

- Le secret bancaire n’est en fait pas « absolu ». C’est une obligation professionelle pour un banquier de rester discret sur les activités de ses clients. Mais depuis 1991, les comptes anonymes sont interdits. Pourtant, des intermédiaires peuvent prendre le relais et ainsi devenir les titulaires des comptes tut en travaillant pour un client… anonyme! Dans tous les cas, la justice d’un pays tiers aura toutes les peines du monde à y retrouver ses petits. Les Etats-Unis ont toutefois fait une demande officielle au gouvernement Suisse pour une levée du secret bancaire sur certains comptes suspectés d’évasion fiscale, demande qui a été reçue positivement par les instances fédérales.

- Le Suisse, au contraire des ÃŽles Bahamas par exemple, n’est pas stricto sensu off-shore, c’est un pays au coeur de l’Europe, entre l’Italie et l’Allemagne, entre l’Autriche et la France. A 3h de la Côte d’Azur, au pied des pistes de ski… La Suisse offre toutes les commodités pour satisfaire les exigences de toute personne fortunée. Car un paramètre déterminant lorsqu’il s’agit d’enrichissement personnel est que dans la majorité des cas, l’argent « sale » ne pourra pas être rapatrié dans le pays d’origine du fraudeur, car le fisc lui demanderait l’origine des fonds qui lui permettent d’assurer son train de vie… Alors qu’en Suisse, de nombreuses opportunités existent pour celui qui souhaite dépenser son argent sans avoir à rendre de comptes: villa au bord du Lac Léman, séjour dans un palace à Gstaad ou Zermatt, montres de prestige (la porter au poignet permet de passer la douane sans problème), et jusqu’au chocolat.

Prenons par exemple l’histoire de ce chef d’Etat Africain qui n’avait pas un mais deux boeing privés en permanence sur un aeroport suisse: l’un pour lui, l’autre pour sa femme. Interieur soigné, robinetterie en or, etc… C’est infiniment plus pratique de laisser son avion privé en Suisse plutôt que de le rapatrier dans son pays où le peuple et les medias se poseraient la question de savoir d’où proviennnent les fonds qui ont permis à ce serviteur de la Nation de se payer un tel luxe…

On le voit c’est toute une économie qui repose sur de l’argent sale finalement. Pour autant, il y a du talent en Suisse, comme le prouvent un Roger Federer, ou les équipiers du bateau Alinghi, vainqueur de la Coupe de l’America en 2003 et 2007, des entreprises mondialement connues comme Nestlé bien sûr, mais aussi Novartis, Hoffmann-Laroche, Zürich Assurances. Et même sans le secret bancaire, serait-ce pour autant la faillite assurée pour l’Union des Banques Suisses (UBS) ou Credit Suisse? Et par extension la faillite de tout un pays? Ce serait mal connaître le peuple Suisse, qui a cependant tendance à ignorer les ressources dont il pourrait disposer s’il était confronté aux même contraintes que les économies de leurs voisins avec qui elles partagent pourtant déjà la langue.

Et comment ne pas se demander pourquoi la Suisse est-elle encore le siège international de grandes organisations comme l’ONU, le CIO, la Croix-Rouge Internationale, la FIFA? Derrière l’apparente neutralité, ne se cache-t-il pas une passivité coupable, une complicité qui, sous le coup de butoir du bouillonement engendré par la crise financière actuelle, finira par faire scandale?

C’est justement pour éviter le scandale et salir la réputation de tout un peuple qui rejette absolument toute idée criminelle, directe ou indirecte, qu’il faut espérer que lors des prochaines votations auxquelles les électeurs helvétiques auront à prendre part, des décisions courageuses seront proposées et validées par les urnes. Ou par l’épée.

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